Jeux pour aider un enfant à exprimer ses émotions : ce qui marche à quel âge
La question directe échoue presque toujours. Le détour par l'objet, les supports par tranche d'âge, et l'erreur qui ferme la conversation.
Jean-Pierre
Papa de deux enfants, éditeur du site

Pour aider un enfant à exprimer ses émotions, la question directe est presque toujours la moins efficace. « Qu'est-ce qui ne va pas ? » obtient un haussement d'épaules, à trois ans comme à sept.
Ce qui marche, c'est le détour. Et la fiche d'un jeu de marionnettes d'expressions le formule mieux que n'importe quel manuel :
Votre enfant parle plus volontiers à travers un personnage que lorsqu'on lui pose une question directe.
C'est tout le principe de ce petit rayon : donner à l'enfant un objet à qui prêter ce qu'il ne dira pas en son nom. Voici ce qui fonctionne, à quel âge, et les trois erreurs qui font échouer l'exercice.
Pourquoi le détour par l'objet fonctionne
Trois raisons se cumulent, et elles valent pour tous les supports de ce rayon.
Nommer une émotion demande un vocabulaire que l'enfant n'a pas encore. Avant cinq ou six ans, il dispose de trois ou quatre mots, joie, colère, peur, tristesse, pour une gamme de ressentis beaucoup plus large. Montrer un objet contourne le manque de mots.
Parler de soi engage. Dire « je suis en colère » est un aveu. Faire dire à une marionnette qu'elle est en colère n'en est pas un, et l'enfant garde la possibilité de se rétracter.
L'objet donne un support d'attention. L'enfant qui manipule regarde ailleurs que vous, ce qui rend la conversation beaucoup plus facile. C'est le même principe que les discussions qui viennent seules en voiture.
De 18 mois à 3 ans : nommer, pas expliquer
À cet âge, on ne cherche pas à faire parler l'enfant de ce qu'il ressent. On lui donne les mots, et c'est tout.
Les marionnettes conviennent bien parce que l'adulte fait le travail. La fiche d'un jeu de cinq expressions distinctes, heureux, triste, surpris, colère et peur, donne le bon réglage :
Commencez par deux émotions opposées, puis ajoutez les autres quand votre enfant les distingue facilement dans vos petites scènes.
Deux, pas cinq. C'est la règle qu'on retrouve partout dans ce rayon, et elle est encore plus vraie ici : un enfant de deux ans qui doit choisir entre cinq visages ne choisit pas, il prend le plus proche.
Sur le versant purement langagier, des marionnettes de doigts plus simples font déjà beaucoup, à condition d'accepter que ce soit vous qui jouiez. Leur fiche est honnête là-dessus : vous cherchez un jouet que l'enfant utilise seul : ici l'adulte anime longtemps.
De 3 à 5 ans : montrer avant de dire
C'est l'âge où le support à liquide prend tout son sens, parce qu'il permet de désigner sans nommer.
Le principe : l'enfant choisit la bouteille dont le mouvement ressemble à ce qu'il ressent. Un liquide qui descend doucement, un autre qui tourbillonne. Il montre, vous nommez ensuite, ensemble.
Le conseil parent qui accompagne l'un de ces sets est le plus important de tout l'article :
Demandez d'abord quelle bouteille ressemble à son humeur, puis écoutez sa raison avant de nommer l'émotion à sa place.
Nommer à sa place est l'erreur qui ferme la conversation. « Tu es en colère » ne laisse rien à ajouter. « Pourquoi celle-là ? » ouvre tout.
Un arc-en-ciel à deux écoulements, associés à un visage heureux et un visage triste, applique le même principe en plus simple, et sa fiche cadre l'usage à cet âge : pour un enfant de 3 ans, restez sur deux mots simples, heureux et triste.
Une réserve à connaître avant d'acheter dans ce sous-rayon : plusieurs avis signalent des fuites sur un des modèles à liquide.
De 5 à 8 ans : les cartes, et la règle qui les rend efficaces
À partir de cinq ans, l'enfant peut raconter, et les jeux de cartes deviennent le bon format : on pioche une situation, il nomme l'émotion, puis il raconte un moment où il a ressenti la même chose.
Le conseil parent d'un de ces jeux contient la meilleure phrase du rayon entier, et elle vaut d'être appliquée telle quelle :
Deux cartes maximum par soirée, dans un moment calme, et commencez par répondre vous-même. L'enfant se livre bien plus vite quand l'adulte parle de sa propre colère.
C'est le point que presque tous les parents ratent. L'exercice ne fonctionne pas si l'adulte reste en position de questionneur. Il faut répondre le premier, avec quelque chose de vrai et d'un peu inconfortable, sinon l'enfant comprend très vite qu'il s'agit d'un interrogatoire déguisé.
Le verdict d'âge de ce jeu est utile pour éviter la déception : vraiment utile de 5 à 8 ans. À 4 ans, l'enfant reste sur joie, colère, peur ; les nuances comme la gêne ou la fierté demandent plus de maturité.
Et ses réserves sont à lire avant d'acheter : pas de règle de jeu fournie, nécessite un adulte présent à chaque fois, lassitude rapide sans variantes inventées. Ce sont des cartes à animer, pas un jeu.
Le cas à part : les pictogrammes
Un support du catalogue mérite d'être distingué, parce qu'il ne sert pas à parler des émotions mais à exprimer un besoin.
Plus de quatre cents pictogrammes classés par thèmes, à montrer pour dire boire, manger, toilettes, dormir, jouer. Sa fiche décrit un usage qui déborde largement le jeu : un support visuel aide votre enfant à exprimer besoins, actions ou étapes d'une routine.
Et son verdict d'âge sort du cadre habituel, ce qui est révélateur : l'usage dépend davantage du besoin que de l'âge, avec des avis qui vont du jeune enfant à quinze ans.
C'est l'objet à connaître quand un enfant a du mal à se faire comprendre, quelle qu'en soit la raison, et pas seulement pour nommer ce qu'il ressent. Le conseil de démarrage est le même que partout : commencez par cinq à dix pictogrammes très concrets.
Ces jeux aident aussi à dire « je n'aime pas ça », ce qui est la première marche pour parler du corps et du droit de dire non : voyez parler du consentement à son enfant. Et quand ce sont les émotions du parent qui débordent, s'énerver contre son enfant, et réparer.
Les trois erreurs
Sortir le jeu pendant la crise. Aucun de ces supports ne fonctionne au moment fort. Ils servent avant, pour installer le vocabulaire, ou longtemps après, pour revenir sur ce qui s'est passé. En pleine colère, l'enfant n'est pas disponible pour manipuler quoi que ce soit.
Nommer à sa place. Répété ici parce que c'est l'erreur numéro un, et qu'une fiche la pointe explicitement. Demandez pourquoi avant de proposer un mot.
En faire un rendez-vous. Deux cartes le soir, pas une séance hebdomadaire de vingt minutes. Ces objets s'usent très vite s'ils deviennent un exercice obligatoire, et plusieurs fiches signalent la lassitude comme leur principale limite.
Pour aller plus loin dans la mise en mots, Empathico et les Story Cubes aident l'enfant à raconter ce qu'il ressent ou ce qu'il imagine : voyez les jeux pour inventer des histoires.
Par où commencer
Avant 3 ans, des marionnettes et deux émotions opposées, animées par vous. Rien de plus.
De 3 à 5 ans, un support qui se montre du doigt plutôt qu'un support qui se raconte. L'enfant désigne, vous nommez ensuite.
À partir de 5 ans, des cartes, deux par soirée, et vous répondez en premier.
Et à tout âge, si le problème n'est pas de nommer une émotion mais de se faire comprendre tout court, les pictogrammes sont un meilleur point de départ que n'importe quel jeu.
Côté livres, la collection la plus demandée est traitée titre par titre dans Gaston la licorne : quel livre choisir, et si les exercices de respiration qui la terminent vous interrogent, la sophrologie pour les enfants fait le point sur ce qu'on sait réellement.
Sur ce qui se joue au moment où la tension redescend, la bouteille sensorielle et le retour au calme traite l'objet plutôt que la parole. Sur la frustration liée au jeu, apprendre à perdre détaille les quatre défaites et leur ordre. Sur les cartes à animer comme celles de la gamme Life Skills, notre avis sur Lisciani dit ce qu'on peut en attendre. Sur les conflits d'objet entre enfants, mon enfant ne veut pas partager, et sur les jeux de rôle qui font parler autrement, les jeux d'imitation de 2 à 6 ans.
L'écoute peut aussi faire ce détour par un personnage : nous avons sélectionné les tonies pour les émotions et le calme.
Si vous cherchez d'abord à comprendre ce qui se passe à chaque âge, voyez la colère à 2-3 ans et les émotions à 4-6 ans.
Pour l'approche qui met l'accueil des émotions au centre, voyez la méthode d'Isabelle Filliozat.
Comprendre ce que pense l'autre va de pair avec comprendre ce qu'il ressent : voyez la théorie de l'esprit de 3 à 10 ans.
Faire parler une marionnette aide souvent l'enfant à dire ce qu'il ressent : voyez les marionnettes pour parler et dire ses émotions.
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