Sophrologie pour enfant : ce qu'on sait vraiment, et ce qu'on peut faire à la maison
Ce que conclut le rapport de l'Inserm, pourquoi le métier n'est pas encadré, et les exercices de souffle qui marchent sans rien promettre.
Jean-Pierre
Papa de deux enfants, éditeur du site

La sophrologie est partout autour des enfants : ateliers en maternelle, séances en cabinet avant un examen, exercices à la fin de livres jeunesse très vendus. Pour un parent, trois questions reviennent. Est-ce que ça marche ? Est-ce sérieux ? Et à partir de quel âge ?
Les réponses honnêtes sont moins confortables que ce que promettent la plupart des sites spécialisés, et plus rassurantes que ce que disent ses détracteurs. En 2020, l'Inserm a passé en revue tout ce qui avait été publié depuis la création de la méthode. Voici ce qui en ressort, puis ce que vous pouvez raisonnablement faire à la maison sans rien promettre à votre enfant.
Ce qu'est la sophrologie, et pourquoi on devrait dire « les » sophrologies
La sophrologie a été créée en 1960 par Alfonso Caycedo (1932-2017), neuropsychiatre. L'Inserm la décrit comme une pratique psychocorporelle qui associe des techniques de relaxation, des exercices de respiration et de l'évocation positive, c'est-à-dire le fait de se représenter mentalement une situation agréable ou réussie.
Le point que peu de parents connaissent : il n'existe plus une sophrologie, mais plusieurs. Le même rapport distingue deux courants principaux.
Le courant fidèle au fondateur, la sophrologie caycédienne, se présente comme une « pédagogie de l'existence ». Il ne se situe pas dans le champ de la thérapie mais dans celui de l'accompagnement.
Une sophrologie généraliste, qui s'appuie sur les principes d'origine et se considère, elle, comme une thérapie.
La différence n'est pas théorique. Un praticien du premier courant ne prétend pas soigner ; un praticien du second peut le faire. Et comme chaque sophrologue revendique d'adapter ses protocoles à la personne, deux séances portant le même nom peuvent n'avoir presque rien en commun.
Ce que dit l'évaluation de l'Inserm
En décembre 2020, une équipe de l'Inserm (unité 1178, Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations) a remis à la Direction générale de la santé un rapport d'évaluation de l'efficacité et de la sécurité de la sophrologie. C'est, à ce jour, le document le plus complet disponible en français.
Sur l'efficacité : presque rien de solide
Après avoir interrogé la littérature médicale et les documents fournis par les sophrologues eux-mêmes, les auteurs n'ont retenu que trois études à la méthodologie suffisamment rigoureuse, sur trois sujets : l'asthme de l'enfant, la fibromyalgie et le stress chez des personnes en bonne santé. Les effets observés sont qualifiés de modérés voire absents.
La seule étude pédiatrique mérite d'être racontée précisément, parce qu'elle est souvent citée comme une preuve. Il s'agit d'un essai contrôlé randomisé mené chez des enfants de 6 à 17 ans hospitalisés pour une crise d'asthme (Romieu, Charbonnier et coll., 2018). L'ajout d'une heure de sophrologie à une séance de kinésithérapie de 30 minutes pourrait améliorer le débit expiratoire de pointe à très court terme, quelques heures après. En revanche, aucune différence n'a été détectée sur l'état général, la toux, la consommation de médicaments, la qualité de vie ou la durée d'hospitalisation. Les auteurs du rapport jugent l'essai bien mené, mais avec des effectifs insuffisants pour interpréter les résultats négatifs.
La conclusion générale du rapport est prudente dans les deux sens : les études existantes sont trop peu nombreuses et trop hétérogènes pour qu'on puisse « affirmer ou infirmer une quelconque efficacité ».
Sur la sécurité : peu de craintes, mais aucune donnée
Aucune étude n'a eu pour objectif principal d'étudier la tolérance. Les auteurs estiment les risques probablement faibles, sans pouvoir les exclure. Le rapport rappelle aussi les contre-indications formulées par les promoteurs de la méthode eux-mêmes, dont l'absence d'un diagnostic exact et les troubles psychotiques.
Ce premier point est le plus utile pour un parent : une séance de sophrologie ne remplace jamais l'avis d'un médecin sur une difficulté qui dure. Un trouble du sommeil installé, une anxiété qui empêche d'aller à l'école, une agitation qui pose problème en classe depuis des mois demandent d'abord qu'on sache de quoi il s'agit.
Une profession que n'importe qui peut exercer
En France, le métier de sophrologue n'est pas réglementé. Aucun diplôme n'est exigé pour s'installer. Des formations aboutissent à un titre enregistré au Répertoire national des certifications professionnelles, mais ce titre est une distinction, pas une obligation. Le rapport de l'Inserm note d'ailleurs que les formations sont hétérogènes et peu encadrées.
Concrètement, cela ne dit rien de la qualité d'un praticien donné. Cela signifie seulement que le mot sophrologue, sur une plaque, ne garantit aucune formation minimale, et que c'est à vous de poser les questions.
Ce que l'absence de preuve ne veut pas dire
Il serait malhonnête de s'arrêter là. Absence de preuve d'efficacité ne veut pas dire preuve d'inefficacité : le rapport le souligne, la méthode n'a simplement pas été évaluée correctement. Et les briques dont elle est faite, respirer lentement, relâcher ses muscles, se représenter un moment agréable, sont des gestes ordinaires, sans risque particulier pour un enfant en bonne santé.
Mais il faut aussi tempérer les attentes vis-à-vis des programmes collectifs, même bien construits. L'essai MYRIAD, publié en 2022 dans Evidence-Based Mental Health, a comparé dans 84 écoles britanniques un programme de pleine conscience de dix séances à l'enseignement habituel, chez 8 376 élèves de 11 à 13 ans. À un an, rien n'a montré que le programme faisait mieux que ce que les écoles proposaient déjà. Ce n'est pas de la sophrologie, et ce ne sont pas des enfants de maternelle, mais la leçon se transpose : un apprentissage de la respiration ou de la relaxation n'est pas un traitement, et ses effets ne se décrètent pas.
Ce qu'on peut faire à la maison, sans rien promettre
Ce qui reste utile une fois les promesses écartées tient en trois choses : un rituel, une présence, et le bon moment. Aucune n'est propre à la sophrologie, et c'est justement pour ça qu'elles sont fiables.
Le bon moment : à froid, jamais pendant la crise
C'est la règle que répètent les fiches de supports de retour au calme du catalogue, chez plusieurs marques sans rapport entre elles. Celle du poster de L'Atelier Gigogne la formule le plus nettement :
*Regardez-le ensemble à froid, plusieurs fois, avant la première crise. Un support découvert en pleine colère ne sert à rien, il faut qu'il soit déjà familier.*
Un enfant débordé n'accède plus à une consigne nouvelle. Un exercice de respiration ne peut l'aider en situation que s'il a été répété des dizaines de fois quand tout allait bien.
Réserve de sa propre fiche : annoncé dès 2 ans, il ne sert réellement seul qu'à partir de 4 ou 5 ans, quand l'enfant commence à nommer ce qu'il ressent. Avant, c'est vous qui menez chaque étape.
Respirer, en passant par le jeu avant 5 ans
Demander à un enfant de 3 ans de « respirer profondément » ne donne rien : la consigne est abstraite. Le souffle se travaille bien plus facilement à travers un objet qui rend le résultat visible.
Un souffleur de bulles est probablement le meilleur exercice de respiration qui existe pour cet âge, et il ne se présente pas comme tel. Sa fiche décrit exactement le mécanisme utile : un souffle très doux avant un souffle fort, et l'enfant voit que la bulle change de taille. Deux précisions honnêtes de la même fiche : annoncé à 3 ans, le geste marche vraiment vers 4 ans, parce qu'avant beaucoup aspirent au lieu de souffler. Et cinq minutes suffisent.
À partir de 5 ou 6 ans, l'exercice peut devenir conscient : poser une main sur le ventre, le sentir se gonfler en inspirant par le nez, puis souffler lentement par la bouche comme sur une bougie qu'on ne veut pas éteindre. Trois fois, pas plus.
Suivre un mouvement lent du regard
Pour les plus jeunes, ou pour les enfants que la respiration agace, l'observation d'un mouvement lent occupe la même fonction sans rien demander.
La fiche de la bouteille sensorielle donne la condition qui décide de tout : sortez-la uniquement aux moments de transition, jamais en libre-service dans le bac à jouets, parce que c'est la rareté qui lui garde son effet. Pour les sabliers liquides, commencez avec deux couleurs seulement et comparez leur vitesse. Réserves : la bouteille intéresse surtout entre 18 mois et 3 ans, et les sabliers sont signalés fragiles pour un enfant qui lance encore ses jouets. Nous avons consacré un article entier à la bouteille sensorielle et au retour au calme.
Relâcher le corps : des séquences très courtes
Les exercices de relaxation musculaire se prêtent bien au jeu : serrer les poings très fort en comptant jusqu'à trois, puis les ouvrir d'un coup, et remarquer la différence. Faire la statue, puis la poupée de chiffon. L'erreur la plus fréquente est la durée.
Les deux coffrets Nathan convergent sur la même consigne : ne sortez pas tout. Pour le coffret de yoga, une posture et un exercice de souffle, puis on s'arrête après cinq à dix minutes. Pour le coffret émotions, une seule activité selon le moment vécu, la roue après l'école plutôt qu'un parcours complet imposé. Réserves : plusieurs avis trouvent le contenu du coffret de yoga léger, et le coffret émotions n'est pas une activité autonome à 3 ans.
Un support guidé, si mener l'exercice vous met mal à l'aise
Beaucoup de parents renoncent parce qu'ils ne se sentent pas légitimes pour guider une respiration. Un livre qui porte l'exercice lève cet obstacle.
C'est tout l'intérêt de la collection Gaston la licorne, dont chaque livre se termine par un exercice conçu par une sophrologue. Sa fiche sonore conseille de choisir un seul exercice et de le répéter plusieurs jours. Nous avons détaillé quel titre choisir selon la situation, et la règle d'usage que partagent les fiches et l'autrice, dans Gaston la licorne : quel livre choisir.
À partir de quel âge, et combien de temps
| Âge | Ce qui fonctionne | Durée raisonnable |
|---|---|---|
| 18 mois à 3 ans | observer un mouvement lent, bercer, chanter doucement | 2 à 3 minutes |
| 3 à 5 ans | souffler sur des bulles ou une plume, faire la statue puis le chiffon | 3 à 5 minutes |
| 5 à 7 ans | respiration du ventre consciente, relâchement des poings, imaginer un lieu calme | 5 à 10 minutes |
| après 7 ans | enchaîner deux exercices, les reprendre seul avant un moment stressant | 10 minutes |
Ces durées sont indicatives, et elles comptent moins que la régularité. Deux minutes chaque soir au même moment installent un rituel ; vingt minutes un dimanche ne laissent rien.
Si vous consultez un sophrologue
Rien ne l'interdit, et certains enfants y trouvent un moment à eux qui les aide. Mais puisque le métier n'est pas encadré, quelques questions simples évitent les mauvaises surprises.
Quelle formation, dans quel organisme, sur quelle durée ? Une réponse vague est déjà une information.
Combien de séances sont prévues, et comment saura-t-on si c'est utile ? Un praticien sérieux fixe un cadre et accepte l'idée de s'arrêter.
Qu'est-ce qui est promis ? Méfiez-vous de toute promesse de guérir un trouble du sommeil, de l'attention ou de l'anxiété. Aucune donnée ne permet de la tenir.
Le médecin de l'enfant est-il au courant ? Si la séance est motivée par une difficulté qui dure, elle vient après un avis médical, jamais à sa place. C'est d'ailleurs ce que rappellent les contre-indications de la méthode elle-même.
Par où commencer
Avant 4 ans, n'achetez rien de spécifique. Un souffleur de bulles au bain et deux minutes de câlin lent au coucher couvrent l'essentiel.
Entre 4 et 7 ans, choisissez un seul support, un livre qui porte l'exercice ou un poster, et utilisez-le à froid plusieurs jours de suite avant d'y faire référence le jour où ça déborde.
À tout âge, si une difficulté dure, commencez par en parler au médecin qui suit votre enfant.
Pour prolonger, la routine du soir montre où placer ce type de rituel, aider son enfant à se concentrer traite l'attention sous un autre angle, et mon enfant ne tient pas en place rassemble les activités calmes qui marchent vraiment. Deux pages du catalogue prolongent ce sujet : méditation et activités calmes.
Plusieurs boîtes audio s'inspirent de la sophrologie : nous avons regardé ce qu'elles apportent réellement dans notre avis sur Morphée.
Sources
- Inserm, Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations (U1178), Évaluation de l'efficacité et de la sécurité de la sophrologie, rapport pour la Direction générale de la santé, décembre 2020.
- Romieu, Charbonnier et coll., 2018, essai contrôlé randomisé sur la sophrologie caycédienne associée à la kinésithérapie chez l'enfant asthmatique, analysé dans le rapport Inserm.
- Kuyken W. et coll., essai MYRIAD, Evidence-Based Mental Health, 2022 : 84 écoles, 8 376 élèves de 11 à 13 ans.
- France compétences, fiches du Répertoire national des certifications professionnelles relatives au titre de sophrologue.
- Fiches produit du catalogue citées dans l'article.
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