Colère à 2-3 ans : pourquoi elle explose et comment l'accompagner
Crises de colère à 2 et 3 ans : pourquoi elles sont si fréquentes, que faire pendant et après la crise, comment les prévenir, et les livres qui aident à mettre des mots.
Jean-Pierre
Papa de deux enfants, éditeur du site

Il se jette par terre au milieu du supermarché parce que la banane s'est cassée en deux. Il hurle quand vous lui mettez son manteau, puis hurle encore plus quand vous le lui retirez. Les colères de 2 et 3 ans déroutent presque tous les parents, et elles culpabilisent beaucoup : on se demande ce qu'on a raté.
Rien, le plus souvent. La colère à cet âge n'est ni un caprice ni un défaut d'éducation. C'est une étape du développement, et c'est même l'occasion pour l'enfant d'apprendre, avec vous, à traverser une émotion trop grande pour lui. Voici pourquoi elle explose, comment l'accompagner pendant et après la crise, et les quelques outils qui aident vraiment.
Pourquoi un enfant de 2 ans fait autant de colères
Il ressent plus vite qu'il ne sait freiner. Les zones du cerveau qui permettent de retenir une impulsion, d'attendre ou de se calmer seul mûrissent très lentement, bien au-delà de l'enfance. À 2 ans, l'émotion arrive entière, et rien ne la retient encore.
Il veut dire plus qu'il ne sait dire. Son envie est précise, ses mots ne le sont pas. Entre « je voulais éplucher la banane moi-même » et ce qu'il est capable d'exprimer, il y a un gouffre, et la colère le comble.
Il veut faire seul, et on l'en empêche souvent. C'est l'âge du « moi tout seul ». Chaque manteau enfilé à sa place, chaque porte ouverte avant lui, est une petite frustration qui s'ajoute aux autres.
La fatigue et la faim font le reste. Beaucoup de crises tombent en fin de matinée ou en fin de journée, quand les réserves sont vides.
C'est pour ça que l'on parle parfois de « terrible two ». Les crises sont fréquentes entre 18 mois et 3 ans, puis elles s'espacent nettement à mesure que le langage progresse : un enfant qui peut dire « je suis fâché » a moins besoin de le crier.
Ce que l'enfant apprend à chaque colère
C'est le point qui change le regard. Un enfant n'apprend pas à se calmer seul : il apprend d'abord à se calmer avec vous. Les spécialistes parlent de corégulation. L'adulte prête son calme, sa voix posée, sa présence, et l'enfant emprunte ce calme jusqu'à pouvoir le produire lui-même, bien des années plus tard.
Chaque colère accompagnée est donc un entraînement. Il apprend que l'émotion monte, qu'elle redescend, et qu'elle ne détruit rien, ni lui ni le lien avec vous. C'est la base de ce qu'on appelle la régulation émotionnelle, qui compte ensuite pour se concentrer, jouer avec les autres ou supporter de perdre.
Pendant la crise : ce qui aide, et ce qui aggrave
Assurez la sécurité, d'abord. Éloignez ce qui peut blesser, empêchez-le de taper ou de se faire mal. C'est la seule chose urgente.
Parlez peu. En pleine crise, l'enfant n'entend pas les explications. Une phrase courte et répétée suffit : « Tu es très en colère. Je reste là. »
Restez proche, sans insister. Certains enfants veulent être pris dans les bras, d'autres ont besoin d'un peu d'espace. Restez à portée de regard, disponible.
Accueillez l'émotion, tenez la limite. « Tu as le droit d'être en colère. Je ne te laisse pas taper. » Céder à ce qui a déclenché la crise lui apprend que la colère fonctionne. Le punir pour avoir été en colère lui apprend à cacher ce qu'il ressent. La voie du milieu est la plus efficace, et la plus difficile.
Évitez de raisonner, de menacer ou de négocier. Tout cela sert plus tard, quand l'orage est passé.
Après la crise : mettre des mots, c'est là que tout se joue
Une fois le calme revenu, parfois une heure après, reparlez de ce qui s'est passé, brièvement. « Tout à l'heure, tu étais très fâché parce que la banane s'est cassée. » Vous lui donnez le mot qui lui manquait, et c'est ce mot qui, à terme, remplacera le cri.
Les livres sont les meilleurs alliés de ce moment, parce qu'ils parlent d'un autre enfant, ce qui est beaucoup moins menaçant que de parler de soi.
Gaston la licorne, Je suis en colère est notre choix pour 3 ans. Plus de six cent quatre-vingts parents lui donnent 4,8 sur 5. L'histoire se termine par un petit exercice de respiration à faire ensemble, que l'enfant peut ensuite refaire seul quand il sent la colère monter.
Pour les 2 ans, le coffret T'choupi, Les émotions réunit six petits livres cartonnés sur la colère, la peur, la joie ou la jalousie, avec plus de trois mille avis. Le Petit imagier des émotions de Nathan, dès 18 mois, montre d'abord des scènes puis des visages, pour que l'enfant associe une situation à une émotion. Les marionnettes Feelings Family de Learning Resources permettent de rejouer la scène : la marionnette fâchée crie, puis se calme, et l'enfant manipule ce qu'il vient de vivre.
Nous comparons tous les supports par âge dans les jeux pour aider un enfant à exprimer ses émotions, et toute la collection Gaston dans Gaston la licorne : quel livre choisir.
Prévenir les crises : réduire les occasions, pas les émotions
On n'empêche pas un enfant de 2 ans d'être en colère, et ce n'est pas le but. On peut en revanche éviter les crises qui naissent de situations prévisibles.
Donnez des choix fermés. « Tu mets le pull rouge ou le bleu ? » plutôt que « mets ton pull ». Il décide de quelque chose, et le besoin d'autonomie est nourri.
Laissez-le faire seul quand c'est possible, même si c'est plus long. Nos conseils pour doser l'aide sont dans aider son enfant sans faire à sa place.
Annoncez les transitions. Beaucoup de crises éclatent au moment de quitter le parc ou d'aller au bain. Prévenir cinq minutes avant, puis une minute avant, change souvent tout. Un tableau de routine rend ces étapes visibles : l'enfant voit ce qui vient ensuite, et n'a plus l'impression de le subir. Le tableau Le temps qui passe de Ludi, dès 3 ans et près de deux mille avis, et Les routines de ma journée de Nathan, avec quatre-vingt-sept magnets, sont les deux plus utilisés de notre catalogue. Voir aussi les tableaux de routine.
Surveillez la faim et la fatigue. Un goûter avancé ou une sieste préservée évitent plus de crises que n'importe quel discours.
Un coin pour se calmer, pas pour être puni
Vers 3 ans, vous pouvez installer un petit coin calme : un coussin, un livre, un objet apaisant. L'idée n'est pas d'y envoyer l'enfant, mais de lui proposer d'y aller, avec vous au début.
Une bouteille sensorielle y a toute sa place : les paillettes qui retombent lentement donnent au regard quelque chose à suivre pendant que la respiration ralentit. Celle aux lapins de L'Atelier Gigogne, fabriquée en France, est la mieux notée de sa gamme. Attention toutefois : elle aide avant ou après la crise, rarement en plein milieu. Nous expliquons pourquoi dans la bouteille sensorielle pour le retour au calme.
Pour les enfants qui ont une Toniebox, Ma pause zen avec Ella l'éléphante propose une heure d'histoires et d'exercices de respiration dès 3 ans. La roue des émotions de Gaston permet, une fois calmé, de montrer ce qu'il a ressenti plutôt que de le dire.
Et vous, dans tout ça
Accompagner une colère demande un calme qu'on n'a pas toujours. Vous avez le droit de sortir de la pièce quelques secondes pour respirer, si l'enfant est en sécurité. Mieux vaut un parent qui revient calme qu'un parent qui crie avec lui.
Si vous voulez comprendre ce qui se joue, La sécurité émotionnelle de l'enfant, un petit livre de six euros, explique simplement l'attachement et la maturation des émotions. Nos autres lectures conseillées sont dans quel livre de parentalité lire.
Quand en parler à un professionnel
La grande majorité des colères de cet âge sont normales. Parlez-en à votre médecin ou à la PMI si :
- les crises sont très nombreuses chaque jour, pendant des semaines ;
- elles durent souvent très longtemps, au-delà d'une vingtaine de minutes ;
- l'enfant se fait mal volontairement pendant ses crises ;
- elles restent aussi intenses après 4 ou 5 ans ;
- le langage vous paraît très en retard, ce qui peut entretenir la frustration.
Un avis extérieur rassure souvent, et permet d'écarter une difficulté d'audition ou de langage.
Par où commencer
Pendant la crise : la sécurité, une phrase courte, votre présence.
Après la crise : mettre le mot, et un livre sur la colère lu dans un moment calme.
Au quotidien : des choix fermés, des transitions annoncées, un tableau de routine vers 3 ans.
Vers 3 ans : un coin calme proposé, jamais imposé, avec une bouteille sensorielle ou une histoire pour respirer.
Quand l'enfant grandit, les colères laissent place à des émotions plus complexes, jalousie, peur, déception. Nous les abordons dans les émotions à 4-6 ans. Tous les jeux et livres qui aident à apprivoiser les émotions sont réunis sur la page émotions.
Pour les livres qui aident le parent à traverser ces crises, voyez la page accompagner les colères.
L'approche qui a fait connaître cette lecture des crises en France, avec ses critiques, est présentée dans la méthode d'Isabelle Filliozat.
Pour une approche qui combine fermeté et bienveillance, avec des outils concrets comme le coin pour se calmer, voyez la discipline positive.
Pour les plus grands qui s'énervent face à une difficulté, voyez quand votre enfant s'énerve parce qu'il n'y arrive pas.
Rejouer la scène avec des marionnettes, une fois le calme revenu, aide à mettre des mots sur la colère : voyez les marionnettes pour parler et dire ses émotions.
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