Isabelle Filliozat : sa méthode d'éducation positive expliquée, et ses critiques
J'ai tout essayé, Il me cherche : les idées d'Isabelle Filliozat sur les émotions et les crises des enfants, ce qu'on peut appliquer dès ce soir, et les critiques qu'on lui adresse.
Jean-Pierre
Papa de deux enfants, éditeur du site

Votre enfant de trois ans se roule par terre au supermarché parce que vous avez refusé un paquet de bonbons. Le réflexe habituel : y voir un caprice, et ne surtout pas céder. La psychothérapeute Isabelle Filliozat propose de regarder la scène autrement : un enfant qui s'effondre n'essaie pas de vous manipuler, il est souvent débordé, par la fatigue, la faim, le bruit, ou par une émotion que son cerveau ne sait pas encore réguler seul.
C'est l'idée centrale de sa démarche, qui a largement contribué à faire connaître l'éducation positive en France. Voici qui elle est, ce que son approche change pour l'enfant, ses idées principales, ce qu'on peut appliquer dès ce soir, ses livres, et les critiques qu'on lui adresse.
Qui est Isabelle Filliozat
Isabelle Filliozat est une psychothérapeute française née en 1957 à Paris. Titulaire d'un master de psychologie clinique de l'université Paris-Descartes, formée à l'analyse transactionnelle, elle exerce comme psychothérapeute depuis le début des années 1980, et anime conférences et formations pour les parents et les professionnels.
Elle est l'auteure de près d'une cinquantaine de livres, traduits dans de nombreuses langues, dont plusieurs grands succès : L'intelligence du cœur, Au cœur des émotions de l'enfant et J'ai tout essayé !. Elle est aujourd'hui l'une des figures les plus connues de l'éducation positive en France, et aussi l'une des plus discutées.
Ce que son approche change pour l'enfant
Il apprend à reconnaître ses émotions. Un enfant dont on nomme la colère, la peur ou la frustration apprend peu à peu à les identifier lui-même, puis à les exprimer avec des mots plutôt qu'avec des cris ou des coups.
Il se sent compris, donc plus en sécurité. Être accueilli dans une émotion, même quand la limite est maintenue, lui dit que ce qu'il ressent n'est pas dangereux et que l'adulte reste là.
Il apprend à se calmer, avec l'adulte d'abord. Un tout-petit ne sait pas encore se calmer seul. En l'aidant à le faire, l'adulte lui montre comment, et c'est ainsi qu'il gagnera progressivement en autonomie émotionnelle.
La relation s'apaise. Moins de rapports de force, plus de coopération : c'est ce que recherchent la plupart des parents qui la lisent.
Ses idées principales
1. Un comportement difficile a une cause. Pour Isabelle Filliozat, ce qu'on appelle un « caprice » répond presque toujours à un besoin : faim, fatigue, besoin de bouger, trop de bruit ou de stimulation, besoin d'attention. Avant de réagir au comportement, elle invite à chercher ce qui se passe.
2. Le cerveau de l'enfant est en construction. Dans J'ai tout essayé !, elle explique les réactions des 1-5 ans à partir de leur développement : le jeune enfant n'a pas encore les outils pour contrôler ses impulsions ou gérer son stress. Lui demander de « se calmer » tout seul, c'est lui demander ce qu'il ne sait pas encore faire.
3. Accueillir l'émotion, pas forcément le comportement. On peut refuser les bonbons et reconnaître la déception : « Tu es très déçu, tu en avais vraiment envie. » La limite reste, mais l'enfant ne se sent pas nié.
4. Le réservoir affectif. Dans Il me cherche !, consacré aux 6-11 ans, elle utilise l'image d'un réservoir : un enfant dont le réservoir d'attention et de tendresse est vide est plus facilement en crise. Du temps ensemble, du contact et des moments de jeu le remplissent.
5. Sans violence éducative. Elle s'oppose aux fessées, aux humiliations, aux cris et aux menaces, qu'elle considère comme contre-productifs. En France, la loi interdit d'ailleurs depuis 2019 les violences éducatives ordinaires.
Ce qu'on peut appliquer dès ce soir
Vérifier les besoins avant tout. Faim ? Fatigue ? Trop de monde ? Beaucoup de crises de fin de journée se désamorcent avec un goûter ou un moment au calme, avant même d'en parler.
Nommer l'émotion. « Tu es en colère parce que ton frère a pris ton camion. » Des mots simples, sans jugement. Nous détaillons cette étape dans la colère à 2-3 ans et les émotions à 4-6 ans.
Se relier avant de parler. En pleine crise, l'enfant n'entend pas les explications. Se mettre à sa hauteur, proposer un câlin s'il l'accepte, attendre que la tempête passe : on parlera ensuite.
Rendre le quotidien plus léger. Transformer l'habillage en course, le rangement en jeu, le départ en défi : quelques minutes de jeu évitent souvent une bataille.
Réparer quand on a crié. Aucun parent ne réussit à chaque fois. Revenir vers l'enfant, reconnaître qu'on s'est emporté, c'est aussi lui apprendre quelque chose. Nous en parlons dans s'énerver contre son enfant, et réparer.
Les supports qui aident l'enfant à mettre des mots
Pour nommer une émotion, un enfant a besoin de la reconnaître d'abord, et les livres et les jeux l'y aident beaucoup.
Dès 2 ans, les histoires courtes. Le coffret des émotions de T'choupi, plus de 3 000 avis, réunit six petites histoires sur la colère, la peur, la joie ou la jalousie. Le conseil de sa fiche : après la lecture, partez d'une seule image et demandez quand votre enfant a ressenti la même émotion. Le petit imagier des émotions de Nathan associe scènes et visages, dès 18 mois.
Vers 3-6 ans, les livres de Gaston. Gaston la licorne, je suis en colère met des mots sur la colère et propose un exercice de respiration. Son conseil : découvrez l'exercice quand l'enfant est calme, afin qu'il le connaisse déjà le jour où la colère monte. Nous comparons toute la collection dans Gaston la licorne, quel livre choisir.
Pour parler de son humeur sans chercher ses mots. Les bouteilles sensorielles des émotions de Learning Resources proposent quatre mouvements différents : l'enfant choisit celle qui ressemble à son humeur. Leur fiche conseille d'écouter sa raison avant de nommer l'émotion à sa place. Les marionnettes des émotions font parler cinq personnages aux visages différents. Nos idées de jeux sont dans les jeux sur les émotions, et les outils de retour au calme dans la bouteille sensorielle.
Ses livres, par âge de l'enfant
**Pour les 1-5 ans : J'ai tout essayé !** (JC Lattès, 2011), sous-titré Opposition, pleurs et crises de rage : traverser sans dommage la période de 1 à 5 ans. C'est son livre le plus pratique : des situations du quotidien illustrées, habillage, rangement, coucher, disputes, et ce qui se passe dans la tête de l'enfant à ce moment-là.
**Pour les 6-11 ans : Il me cherche !**, sous-titré Comprendre ce qui se passe dans son cerveau entre 6 et 11 ans, sur le même principe.
**Sur les émotions en général : Au cœur des émotions de l'enfant**, plus théorique, sur les émotions de l'enfant et la façon de les accueillir.
**Pour le parent : Il n'y a pas de parent parfait**, qui s'adresse au parent et à ses propres réactions.
Pour situer ces livres parmi les autres lectures de parentalité, voyez quel livre de parentalité lire.
Les critiques qu'on lui adresse
Le risque de culpabiliser les parents. Plusieurs voix, dont des essayistes et des journalistes, reprochent à l'éducation positive de mettre une pression excessive sur les parents : rester calme en toutes circonstances, comprendre chaque crise, ne jamais punir. Un parent épuisé qui n'y arrive pas peut se sentir en échec.
Le manque de limites, selon ses détracteurs. La psychologue Caroline Goldman, dans File dans ta chambre ! (2020), défend au contraire le retrait temporaire de l'enfant, le « time-out », quand il dépasse les limites. Elle estime qu'une éducation trop peu cadrée peut nourrir des troubles du comportement, et critique une version simplifiée et commerciale de la parentalité. Le débat entre ces deux approches est aujourd'hui très vif en France.
Des neurosciences simplifiées. Les références au « cerveau immature » sont parfois jugées trop schématiques par des chercheurs : le développement du cerveau est réel, mais il ne suffit pas à expliquer chaque comportement, ni à justifier une méthode éducative précise.
Ce que ses défenseurs répondent. L'éducation positive, telle qu'elle est présentée par ses défenseurs, ne se veut pas permissive : poser une limite n'est pas le problème, c'est la manière de la poser, sans humilier ni frapper, qui est en jeu.
Ce que nous en retenons
Trois idées nous semblent utiles quelle que soit la méthode que l'on suit : chercher le besoin derrière la crise, qui désamorce beaucoup de situations avant qu'elles n'explosent, nommer l'émotion, qui donne à l'enfant les mots dont il aura besoin pour s'exprimer autrement, et réparer quand on s'est emporté, qui enlève au parent l'exigence d'être parfait. Pour une autre approche proche, qui insiste davantage sur la limite, voyez la méthode Good Inside de Becky Kennedy.
Tous nos livres et jeux pour parler des émotions sont réunis dans le rayon livres de parentalité et sur la page émotions.
Pour une approche voisine, plus outillée sur le cadre et les règles construites ensemble, voyez la discipline positive.
Sources
- Isabelle Filliozat, Wikipédia, biographie, œuvres et critiques.
- J'ai tout essayé !, JC Lattès, présentation de l'éditeur.
- Il me cherche !, filliozat.net, présentation du livre.
- Caroline Goldman, Wikipédia, sur ses positions et son livre File dans ta chambre !.
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