S'énerver contre son enfant : comprendre ce qui se rejoue, et réparer
Ce que votre propre enfance réveille pendant ses crises, les dix premières secondes, et comment réparer après : ce qui compte vraiment pour votre enfant.
Jean-Pierre
Papa de deux enfants, éditeur du site

Le verre de lait se renverse pour la troisième fois de la semaine. Vous criez, beaucoup plus fort que la situation ne le mérite, et dans votre propre voix vous en reconnaissez une autre : celle d'un parent, il y a trente ans, dans une autre cuisine.
Presque tous les parents connaissent ce moment, et presque tous le taisent. Ce n'est pas un défaut de caractère, c'est un mécanisme, et il se comprend. Une colère disproportionnée dit souvent moins de choses sur le lait renversé que sur ce qu'il réveille chez le parent. Et surtout, ce qui compte pour l'enfant n'est pas que vous ne vous énerviez jamais : c'est ce qui se passe après.
Voici ce que disent les livres de notre rayon sur ces moments, ce qu'on peut faire pendant, et surtout comment réparer.
Ce que l'enfant y gagne
Travailler sur ses propres réactions peut sembler un sujet de parent. C'est en réalité l'un des plus directs pour l'enfant, pour trois raisons.
Il se calme au contact de votre calme. Un jeune enfant ne sait pas encore réguler seul une émotion forte : il s'appuie sur l'adulte en face de lui. Un parent qui reste posé ou qui se reprend vite lui prête ce calme, et la crise retombe plus tôt.
Il vit dans un monde prévisible. Un enfant qui ne sait jamais si un verre renversé provoquera un haussement d'épaules ou une explosion passe beaucoup d'énergie à surveiller l'humeur de l'adulte. Un parent plus constant lui rend cette énergie.
Il apprend qu'une dispute se répare. Un parent qui revient vers lui après s'être emporté lui montre quelque chose qu'aucun discours n'enseigne : on peut se tromper, le dire, et que la relation tienne.
Pourquoi on s'emporte plus que la situation ne le mérite
Deux ingrédients reviennent presque toujours.
La fatigue. La patience n'est pas un trait de caractère, c'est une réserve qui se vide au fil de la journée. Les mêmes chaussures non rangées ne provoquent pas la même réaction à 8 heures et à 19 heures. Ce n'est pas une excuse, c'est une information : les moments où vous criez le plus sont probablement ceux où vous êtes le plus à vide.
Ce que la scène réveille. C'est la thèse de la psychothérapeute Philippa Perry dans Vous auriez aimé que vos parents lisent ce livre : quand notre réaction est bien plus forte que la situation, c'est souvent qu'une partie d'elle ne vient pas du présent. Un enfant qui pleure pour rien peut réveiller l'adulte à qui l'on disait autrefois d'arrêter de pleurer. Un enfant qui n'obéit pas peut rappeler une époque où désobéir coûtait cher.
La question à se poser, à froid, est simple : « À quoi cette scène me ramène-t-elle ? » On n'a pas toujours la réponse, mais le simple fait de la poser crée un espace entre la situation et la réaction.
Notre fiche prévient que ce livre n'est pas une méthode pas à pas, et qu'il est parfois jugé trop long. Son conseil est le bon : gardez un exemple concret de votre semaine après chaque chapitre qui vous parle.
Pendant la crise : les dix premières secondes
Quand un enfant de deux ou trois ans est en pleine crise, la partie de son cerveau qui raisonne n'est pas aux commandes. Lui expliquer la règle à ce moment-là est inutile, et c'est aussi à ce moment que l'adulte s'énerve le plus, parce qu'il a l'impression de ne pas être entendu. Le livre du Dr Anne Raynaud sur la sécurité émotionnelle l'explique de façon très accessible, et Raising Mentally Strong Kids, de Daniel Amen et Charles Fay, le détaille en anglais.
Trois gestes aident, et ils se préparent à l'avance.
Une phrase courte, choisie avant. Dans le feu de l'action, on ne se souvient de rien. Une phrase préparée, toujours la même, fait office de rampe : « Je suis là. On en parle quand ça va mieux. »
Baisser le volume, et se baisser. Parler moins fort que l'enfant, se mettre à sa hauteur. Ce n'est pas un truc infaillible, c'est ce qui empêche la surenchère.
S'éloigner si besoin, en le disant. Si vous sentez que vous allez exploser, quittez la pièce trente secondes, en le prévenant : « J'ai besoin de me calmer, je reviens. » Pour un enfant qui n'est pas en danger, c'est bien mieux qu'un cri, et c'est un modèle de ce qu'on fait quand on est submergé.
Après : la réparation
C'est le cœur du sujet, et c'est la partie sur laquelle les livres de ce rayon se rejoignent le plus. Une crise mal gérée ne se rattrape pas en faisant comme si de rien n'était. Elle se répare.
Revenez vers lui, une fois calmé. Pas forcément tout de suite. Quand vous êtes tous les deux apaisés.
Dites ce qui s'est passé de votre côté. « J'ai crié très fort tout à l'heure. J'étais fatigué et je me suis énervé. » Pas de « mais tu avais renversé ton lait » : la réparation porte sur votre réaction, pas sur son comportement. Le comportement se discute à un autre moment.
Ne vous flagellez pas devant lui. Une réparation n'est pas une confession. L'enfant n'a pas à consoler son parent. C'est l'une des idées fortes de Parents attentifs, de la psychologue Becky Kennedy : l'empathie vaut aussi envers soi. Un parent submergé de culpabilité répare moins bien qu'un parent qui reconnaît son erreur et passe à la suite.
Recommencez aussi souvent qu'il le faut. On ne répare pas une fois pour toutes. Chaque réparation apprend à l'enfant que la relation résiste à une dispute.
La réserve de ce livre est sérieuse : notre fiche signale une traduction française fortement critiquée. Son conseil en tient compte : si une formulation paraît étrange, ne surinterprétez pas un passage potentiellement mal traduit.
Repérer ses moments, en une semaine
C'est l'exercice le plus utile de cet article, et il ne coûte rien. Pendant une semaine, notez chaque fois que vous criez : l'heure, la situation, votre état de fatigue.
Presque toujours, trois ou quatre moments reviennent : le départ du matin, le retour de l'école, le bain, le coucher. Ce sont eux qu'il faut travailler, et souvent la solution est matérielle avant d'être éducative. Préparer les affaires la veille, prévoir un goûter dans la voiture, avancer le bain de vingt minutes.
Les livres deviennent utiles à ce moment-là, quand on sait sur quelle scène les appliquer.
Et pour l'enfant, après coup
Une fois la tempête passée, un livre à lire ensemble peut aider l'enfant à mettre des mots sur ce qu'il a ressenti. La collection Gaston la licorne est construite pour cela, avec une règle que ses fiches répètent : jamais pendant la crise. Nous l'avons détaillée dans quel livre Gaston choisir. Les cartes des émotions permettent aussi de nommer ce qu'on a ressenti, pour lui comme pour vous.
Pour d'autres supports, voyez les jeux pour exprimer ses émotions.
Ce qu'il faut savoir
Tous les parents s'énervent. Aucun livre de ce rayon ne promet le contraire, et c'est plutôt rassurant. Le but n'est pas de ne plus crier, c'est de crier moins, et de réparer quand ça arrive.
Un cri isolé n'est pas un climat. Ce qui pèse sur un enfant, c'est la répétition, et ce qui se passe après. Un parent qui s'emporte et répare n'est pas dans la même situation qu'un foyer où l'on crie tous les jours sans jamais revenir dessus.
Si vous sentez que vous ne vous contrôlez plus, que les cris deviennent quotidiens ou que la peur de mal faire vous envahit, parlez-en à votre médecin ou à la PMI. C'est fréquent, surtout dans les périodes d'épuisement, et il existe des aides.
L'idée de réparation est au cœur de la méthode de Becky Kennedy, que nous avons présentée en détail dans la méthode Good Inside.
Par où commencer
Cette semaine, notez vos moments de cris, sans chercher à les corriger. Juste pour les voir.
Avant la prochaine crise, choisissez votre phrase des dix premières secondes, et répétez-la dans votre tête.
Après le prochain emportement, revenez vers lui et dites ce qui s'est passé de votre côté, en une phrase.
Et pour aller plus loin, le livre de Philippa Perry si vous voulez comprendre d'où viennent vos réactions, ou celui de Becky Kennedy si vous cherchez des formulations. Nous les avons comparés avec le reste du rayon dans quel livre de parentalité lire, et tout se retrouve dans livres pour les parents.
Pour aller plus loin, nos lectures sont classées sur les pages communiquer sans crier et prendre soin de soi en tant que parent.
Cet article contient des liens vers des marchands partenaires. Si vous achetez via l'un d'eux, nous touchons une commission, sans surcoût pour vous. Cela ne change rien à notre sélection ni à nos avis.
Tags
Trouvez le jouet parfait
Découvrez notre sélection de jouets éducatifs adaptés à chaque âge et objectif pédagogique.
Articles similaires
Retour au blog
Conseils de parents · 8 min de lecture
Les marionnettes : comment elles aident l'enfant à parler et à mettre des mots sur ses émotions

Conseils de parents · 6 min de lecture
Mon enfant adore les pompiers : comment nourrir cette passion

Conseils de parents · 5 min de lecture