Parler du consentement à son enfant : à quel âge, et avec quels mots
Les vrais mots dès 2 ans, la règle de Kiko de 3 à 7 ans, le bisou qu'on ne force pas : comment en parler au quotidien, et que faire s'il se confie à vous.
Jean-Pierre
Papa de deux enfants, éditeur du site

Fin de repas de famille. « Allez, fais un bisou à tonton avant qu'il parte. » Votre fille de quatre ans se cache derrière vos jambes. Tout le monde attend, un peu gêné, et vous sentez qu'il faut trancher tout de suite.
C'est souvent là que la question du consentement se pose pour la première fois, bien avant qu'on pense à en parler. Et c'est une bonne nouvelle : on n'a pas besoin d'un grand discours pour l'aborder. On en parle par les petites situations du quotidien, avec des mots simples, et on commence tôt.
Voici à quel âge, avec quels mots, ce qu'un livre peut apporter, et ce qu'il faut faire si votre enfant vous confie un jour quelque chose.
Ce que l'enfant y gagne
Parler du consentement à un enfant de trois ou quatre ans, ce n'est pas lui parler de sexualité. C'est lui donner quatre choses qui lui serviront toute sa vie.
Des mots pour son corps. Un enfant qui connaît le nom exact de chaque partie de son corps, y compris des parties intimes, peut dire précisément ce qui s'est passé. C'est l'un des points sur lesquels insistent les professionnels de la prévention : les surnoms rendent les confidences floues.
La certitude que son corps lui appartient. Il a le droit de refuser un bisou, un câlin ou des chatouilles, même de quelqu'un qu'il aime. Cette idée, apprise dans des situations sans enjeu, est celle qui lui permettra de dire non quand l'enjeu sera réel.
La différence entre les bons et les mauvais secrets. Une surprise d'anniversaire est un bon secret : elle finit par être révélée et rend tout le monde heureux. Un secret qui fait peur, qui rend triste ou mal à l'aise se raconte à un adulte de confiance. Le Conseil de l'Europe en fait l'un des piliers de sa campagne de prévention.
Un adulte vers qui se tourner. Savoir à qui parler compte autant que savoir dire non. Un enfant qui a pu nommer deux ou trois adultes de confiance sait où aller.
À quel âge en parler
Dès 2 ou 3 ans, avec les noms des parties du corps, au moment du bain ou de l'habillage, comme on nomme le coude ou le genou. Sans solennité : c'est justement le ton banal qui compte.
Entre 3 et 7 ans, avec une règle simple. Le Conseil de l'Europe a conçu pour cette tranche d'âge la campagne « Kiko et la main », avec une règle facile à retenir : personne ne doit toucher les parties du corps couvertes par les sous-vêtements, et l'enfant ne doit pas toucher celles des autres. Le support existe en livret et en vidéo pour les parents.
Vers 6 à 8 ans, avec des situations plus précises : ce qu'on fait si un adulte demande de garder un secret, si quelqu'un insiste, ou si on voit une image qui met mal à l'aise.
Et à tout âge, on y revient. Une conversation unique ne suffit pas, c'est la répétition dans des moments ordinaires qui installe l'idée.
Les situations du quotidien qui font le travail
C'est là que se joue l'essentiel, bien plus que dans une lecture.
Le bisou demandé. Revenons au repas de famille. Plutôt que de forcer, proposez une autre façon de dire au revoir : un signe de la main, un « tope là », un sourire. L'enfant apprend que la politesse ne passe pas par son corps, et l'adulte ne se sent pas rejeté. Si besoin, expliquez-le à la famille à un autre moment, hors de sa présence.
Les chatouilles qui s'arrêtent. Quand il dit « stop », on s'arrête, même en riant, même s'il rit aussi. C'est l'exercice le plus simple et le plus parlant : son non a un effet immédiat.
La toilette. Dès qu'il peut se laver ou s'essuyer seul, laissez-le faire et demandez avant d'aider : « Tu veux que je t'aide ? » Il découvre qu'on lui demande son avis pour son propre corps.
Le médecin. C'est l'exception à expliquer, et elle renforce la règle au lieu de l'affaiblir : le médecin peut examiner son corps parce qu'un parent est là et que c'est pour le soigner.
Ce qu'un livre apporte
Un livre ne remplace pas ces moments, mais il fait deux choses que la conversation seule fait mal : il donne des images pour des situations difficiles à décrire, et il permet d'en parler à la troisième personne, à propos d'un personnage, ce qui est beaucoup moins intimidant pour l'enfant.
Mon corps n'appartient qu'à moi, écrit et illustré par Aurélia Kooper avec les conseils de la psychologue Daniela Gómez, aborde les limites corporelles, le consentement et le droit de demander de l'aide. Les avis décrivent un ton calme, qui aborde le sujet sans discours alarmant. Notre fiche le situe vers 4 à 8 ans en lecture accompagnée.
Son conseil est celui que nous donnerions pour tout livre sur ce sujet : feuilletez-le seul avant la première lecture. Puis choisissez quelques pages et demandez à votre enfant ce qu'il pourrait dire ou à quel adulte il demanderait de l'aide.
La réserve est importante, et c'est justement pour elle qu'il faut le lire d'abord : certains dessins jugés trop explicites par des lecteurs, et des illustrations inégales selon des avis. Vous connaissez votre enfant : c'est à vous de choisir les pages, et de sauter celles qui ne vous conviennent pas.
Deux supports pour les plus jeunes
Avant 4 ans, le livre peut attendre. Deux choses préparent le terrain.
Nommer le corps, avec un support qu'on manipule. Le coffret corps humain de Nathan contient un poster à taille réelle et quinze grandes cartes pour observer et nommer les parties du corps, de 3 à 8 ans. C'est une porte d'entrée neutre, qui installe l'habitude d'en parler avec les vrais mots.
Nommer ce qu'on ressent. Pour dire « je n'aime pas ça », il faut d'abord savoir reconnaître la gêne ou la peur. Les cartes des émotions de la même collection proposent de nommer, mimer et discuter des émotions dès 3 ans. Nous avons détaillé ces supports dans les jeux pour exprimer ses émotions.
Si votre enfant vous confie quelque chose
C'est la partie qu'on redoute, et celle qu'il faut avoir en tête avant, parce qu'on ne choisit pas le moment.
Restez calme, au moins en apparence. Un enfant qui voit son parent paniquer ou se mettre en colère peut se taire, pensant avoir causé un problème.
Croyez-le et remerciez-le. « Tu as bien fait de me le dire. » Cette phrase compte plus que toutes les questions.
Ne promettez pas de garder le secret. Expliquez que vous allez en parler à des personnes qui peuvent aider.
Ne l'interrogez pas en détail. Écoutez ce qu'il dit, notez-le si vous le pouvez, et laissez les questions aux professionnels.
Appelez le 119, le numéro national Allô Enfance en Danger, gratuit et joignable 24 heures sur 24, pour être conseillé, même en cas de simple doute. En cas de danger immédiat, appelez le 17.
Ce qu'il faut savoir
Une lecture ne protège pas à elle seule. Ce qui protège, c'est un enfant qui sait nommer, qui sait que son non compte, et qui sait qu'on l'écoutera. Le livre sert à ouvrir la conversation, pas à la clore.
N'effrayez pas. L'objectif n'est pas de lui faire craindre les adultes, mais de lui donner confiance dans son corps et dans sa parole. Le ton compte autant que le contenu : on en parle comme on parle de traverser la rue.
La règle vaut pour tout le monde, y compris vous. L'enfant la comprend d'autant mieux qu'il la voit appliquée à la maison, par ses parents d'abord.
Par où commencer
Ce soir, au bain, nommez les parties du corps avec les vrais mots, sur le même ton que le reste.
Au prochain repas de famille, proposez un signe de la main à la place du bisou, et laissez-le choisir.
Vers 4 ans, un livre comme Mon corps n'appartient qu'à moi, feuilleté seul d'abord, et lu par petits morceaux.
Et une fois par saison, reprenez la règle de Kiko en deux phrases, comme on rappelle celle du passage piéton.
Pour d'autres livres qui aident à parler de sujets délicats, voyez quel livre de parentalité lire, et pour les livres à lire avec l'enfant sur ses émotions, les livres de Gaston la licorne.
Sources
- Conseil de l'Europe, Kiko et la main, campagne « UN sur CINQ » pour prévenir les violences sexuelles envers les enfants de 3 à 7 ans.
- Conseil de l'Europe, Violence sexuelle, droits des enfants.
- Allô Enfance en Danger, le 119, service national d'accueil téléphonique de l'enfance en danger.
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