Mon enfant ne supporte pas de perdre : les jeux sans perdant
Quatre de nos cinq fiches coopératives portent exactement la même phrase. Ce que ces jeux règlent vraiment, et la limite à connaître avant.
Jean-Pierre
Papa de deux enfants, éditeur du site

Nous avons cinq jeux coopératifs en catalogue. En relisant leurs fiches à la suite, quatre d'entre elles portent, dans la ligne qui dit à qui le jeu s'adresse, la même phrase à quelques mots près.
Votre enfant supporte mal de perdre : ici on gagne ou on perd tous ensemble. Votre enfant supporte mal de perdre contre un autre joueur. Votre enfant supporte mal de perdre : ici tout le monde gagne ou personne. Votre enfant supporte mal de perdre contre les autres : ici on gagne ensemble.
Quatre fiches, quatre fabricants, la même phrase. C'est rare, et ça dit exactement à quoi sert cette famille de jeux.
Le problème que ces jeux règlent
Un enfant de trois ou quatre ans ne perd pas comme un adulte. Il ne se dit pas qu'il fera mieux la prochaine fois : il conclut qu'il est nul, et il quitte la table.
Ce n'est pas un défaut de caractère, c'est l'âge. La distinction entre « j'ai perdu cette partie » et « je suis moins bon » ne se fait pas avant six ou sept ans chez beaucoup d'enfants.
Nous avons décrit ailleurs les deux autres façons de contourner ce problème. Dans les jeux de suspense, le hasard total remet tout le monde à égalité, y compris l'adulte. Dans Dobble, rien ne corrige l'écart et il faut un handicap annoncé.
Le jeu coopératif prend la troisième voie, la plus radicale : il supprime l'adversaire. On joue tous contre le jeu. Il n'y a plus de comparaison possible, donc plus rien à encaisser.
De 2 à 3 ans : le tout premier jeu de société
À vingt euros, c'est le seul de notre catalogue annoncé dès deux ans, et c'est un vrai point d'entrée. On récolte les fruits ensemble avant que l'écureuil arrive. Grosses pièces, règles courtes, parties rapides.
Le conseil de sa fiche évite de viser trop haut : à 2 ans, oubliez la stratégie. Faites simplement nommer la couleur, puis déplacer la bonne pièce. Le comptage vient plus tard.
Sa réserve est honnête et concerne surtout vous : peut devenir répétitif pour l'adulte. C'est le prix de cette tranche d'âge, et il est le même sur tous les produits de cette liste.
De 3 à 5 ans : le cœur de la famille
C'est là que les jeux coopératifs donnent le meilleur, parce que l'enfant comprend une règle mais n'encaisse pas encore la défaite.
Le premier est le plus pur des trois : on lance le dé, on retire les piliers du pont, on sauve les animaux ensemble. Sa fiche note qu'il n'y a aucune compétition entre joueurs, et corrige l'âge de la boîte : elle annonce 5 ans, mais les parents y jouent dès 3 ans sans souci. Son conseil est excellent et souvent oublié : prévoyez cinq minutes de jeu libre avec les figurines avant de commencer, sinon elles détournent toute l'attention pendant la partie.
Le deuxième propose trois niveaux de difficulté et un mode coopératif, ce qui lui donne plus de longévité. Son conseil de fiche est le même que partout ailleurs dans ce catalogue : commencez sans les dés, même si votre enfant veut tout utiliser.
Le troisième coûte sept euros. C'est un mémo où l'on retrouve les paires ensemble pour rendre à chacun son objet, et à ce prix c'est le meilleur test possible : si votre enfant accroche au principe coopératif, vous le saurez pour sept euros avant d'en mettre trente.
Deux nouveaux venus complètent bien cette tranche. Attrape-Rêves, de Space Cowboys, fait chasser les cauchemars en choisissant le doudou qui les recouvre entièrement : on annonce son choix, puis on vérifie en le posant dessus. Le mode principal est annoncé dès 4 ans, mais sa variante coopérative se joue dès 3 ans, et le jeu réunit près de 300 avis. Son conseil : faites-lui annoncer son choix avant de superposer le doudou : la vérification visuelle devient alors beaucoup plus parlante. Sa réserve : il peut devenir répétitif assez vite, et le défi s'épuise après 5-6 ans.
Attrape Monstres transpose le principe du tower defense pour les petits : les joueurs utilisent leurs cartes ensemble pour empêcher les monstres d'atteindre le château. Les avis confirment une bonne prise en main vers 4-5 ans, en une vingtaine de minutes, et notre fiche donne un conseil qui vaut pour tous les coopératifs : ne donnez pas la meilleure carte. Demandez quel monstre semble le plus urgent, puis laissez le groupe choisir comment le stopper.
De 5 à 9 ans : le jeu où l'on discute
Celui-ci change de nature, et c'est le plus intéressant du lot. On ramène les cochons à la maison avant que le loup les attrape, avec une tension réelle jusqu'au dernier tour.
Son conseil de fiche est le plus important de cet article, parce qu'il révèle ce que ces jeux font vraiment travailler : demandez à chacun d'annoncer son plan à voix haute avant de lancer les dés. C'est cette discussion, pas le déplacement des figurines, qui fait tout l'intérêt du jeu.
Voilà le vrai apport de la famille coopérative, et il n'a rien à voir avec le fait de ne pas perdre. Un jeu compétitif interdit de dire ce qu'on va faire. Un jeu coopératif l'exige. L'enfant doit formuler une intention, écouter celle des autres, et arbitrer. C'est un exercice de langage et de négociation qu'aucun jeu classique ne propose.
Deux autres fiches donnent d'ailleurs le même conseil sous une autre forme : verbalisez chaque tour à voix haute la première partie, et demandez-lui de dire à voix haute où il croit avoir vu la carte. Trois fiches sur cinq : la valeur est dans ce qui se dit, pas dans ce qui se déplace.
Dès 6 ans, l'escape game en boîte pousse ce principe au bout : aucun joueur ne voit toutes les cartes, et l'on ne progresse qu'en mettant ses observations en commun. Nous avons décrit la gamme par âge dans escape game enfant : à quel âge commencer.
Sa fiche cadre bien l'âge : dès 5 ans avec un adulte qui reformule, vraiment autonome vers 6-7 ans, et après 9 ans les décisions deviennent trop évidentes.
Le Chemin de la maison propose une variante intéressante : ramener l'écureuil Pirouette à travers un labyrinthe forestier, en programmant ses déplacements avec des cartes, sans dire aux autres où les placer. Notre fiche le situe vers 5-8 ans, et prévient qu'à 5 ou 6 ans, respecter le silence demandé reste le vrai défi. Son conseil : autorisez les échanges lors de la première partie, puis réduisez-les progressivement. Ses avis sont plus partagés que ceux des autres jeux de cette liste, avec une note de 3,97 sur 5.
La limite qu'il faut connaître avant d'acheter
Elle est réelle, et nos cinq fiches la signalent toutes sous une forme ou une autre.
Peut devenir répétitif. Peut devenir répétitif pour l'adulte. Peu de renouvellement après 6 ans. Perd son sel après quelques mois. Après 9 ans, les décisions deviennent trop évidentes.
La raison est structurelle : sans adversaire, il n'y a rien pour renouveler le problème. Dans un jeu compétitif, c'est l'autre joueur qui rend chaque partie différente. Dans un jeu coopératif, une fois que la famille a trouvé la bonne méthode, elle la rejoue.
La conséquence pratique est simple. Ce sont des jeux à acheter pour une période, pas pour dix ans. Ils remplissent une fonction précise, entre deux et sept ans, et ils s'effacent ensuite. Ne mettez pas trente euros dans un jeu coopératif pour un enfant de huit ans qui encaisse déjà la défaite : il s'ennuiera.
Comment savoir si votre enfant en a besoin
Trois signes, simples à observer à la maison.
Il quitte la table quand il perd, ou il renverse le plateau. Le jeu coopératif lui permet de rester assis jusqu'au bout d'une partie, ce qui est déjà un apprentissage en soi.
Il change les règles en cours de partie pour gagner. Ce n'est pas de la triche, c'est une stratégie de survie face à une défaite qu'il ne peut pas absorber.
Il refuse de jouer contre son frère ou sa sœur. Dans une fratrie avec écart d'âge, le coopératif est souvent la seule formule qui tienne, sujet que nous avons traité dans jouer avec un écart d'âge.
Si aucun de ces signes n'est présent, votre enfant n'a pas besoin de cette famille de jeux, et un jeu classique lui apportera plus.
Après 8 ans, la coopération continue avec des jeux plus riches : Just One et les jeux d'association d'idées, puis Pandemic à partir de 10 ans, le grand classique du genre.
Vers 8 à 10 ans, L'Île Interdite est l'étape idéale entre ces jeux et les coopératifs plus exigeants comme Pandemic. Pour un enfant qui aime la logique, Hanabi propose un défi différent : chacun voit les cartes des autres, jamais les siennes.
Par où commencer
À 2 ans, le jeu de récolte à vingt euros, en oubliant les règles et en nommant simplement les couleurs.
À 3 ou 4 ans, testez le principe avec le mémo coopératif à sept euros avant d'investir. S'il accroche, le jeu de pont à dix-huit euros est le plus abouti de cette tranche.
À partir de 5 ans, le jeu du loup, en imposant dès la première partie que chacun annonce son plan à voix haute. C'est la règle maison qui transforme le jeu.
Et n'en achetez pas trois. Un seul jeu coopératif à la fois suffit largement, ces boîtes se ressemblent plus qu'elles ne le disent.
C'est aussi la meilleure façon d'apprendre le tour de jeu sans y associer la défaite, comme nous l'expliquons dans jouer chacun son tour.
Le jeu coopératif est la première marche d'une progression plus large, que nous avons détaillée dans apprendre à perdre.
Pour prolonger, la catégorie jeux coopératifs rassemble ces cinq références, jeux de société l'ensemble du rayon filtrable par âge, et la sélection socialisation tout ce qui se joue vraiment à plusieurs. Sur le partage et les conflits de jeu, allez voir mon enfant ne veut pas partager, et sur ce qui se joue à chaque âge, les jeux de société par âge.
Pour les grands et les ados, les coopératifs plus exigeants, comme The Crew ou The Gang, sont chez IELLO. Toute la sélection est sur la page coopérer en équipe, et les jeux pour souder un groupe de grands sur cohésion de groupe.
Jouer ensemble plutôt que les uns contre les autres rejoint les objectifs de la discipline positive, que nous présentons en détail.
Pour les plus grands, le jeu de plis coopératif de référence est expliqué dans les règles de The Crew.
Jumanji L'Île du Danger est un jeu coopératif en relief : voyez quel jeu Jumanji acheter.
Cet article contient des liens vers des marchands partenaires. Si vous achetez via l'un d'eux, nous touchons une commission, sans surcoût pour vous. Cela ne change rien à notre sélection ni à nos avis.
Tags
Trouvez le jouet parfait
Découvrez notre sélection de jouets éducatifs adaptés à chaque âge et objectif pédagogique.
Articles similaires
Retour au blog
Conseils de parents · 8 min de lecture
Les marionnettes : comment elles aident l'enfant à parler et à mettre des mots sur ses émotions

Guides d'achat · 5 min de lecture
Jeu Jumanji : quelle version acheter, et laquelle n'est pas un jeu

Guides d'achat · 7 min de lecture