Le langage avant 3 ans : du doigt pointé à la première phrase
Le langage ne s'apprend pas avec un jouet, il s'apprend autour d'un jouet. La chronologie réelle, les cinq gestes qui marchent, et les repères qui doivent alerter.
Jean-Pierre
Papa de deux enfants, éditeur du site

Vers douze mois, un enfant fait quelque chose qui paraît anodin et qui ne l'est pas du tout : il tend le doigt vers un objet, puis il se retourne pour vérifier que vous regardez aussi.
Ce geste est le premier acte de langage. Il arrive souvent avant le premier mot, et il dit tout ce qui va suivre : je veux que tu saches ce que je vois. Toute la construction du langage tient dans cette intention-là.
C'est aussi pour cette raison que son absence à dix-huit mois figure parmi les signaux qui justifient une consultation, au même titre que l'absence de mots.
Voici la chronologie réelle, ce qui aide vraiment, et ce qui doit alerter.
Cet article s'appuie sur les repères publics de l'Assurance Maladie et sur les conseils d'usage de nos fiches produit. Il ne remplace pas l'avis de votre médecin, de votre pédiatre ou d'un orthophoniste.
La chronologie, avec les vrais repères
Elle est moins régulière qu'on ne l'imagine, et les écarts entre enfants sont normalement très larges. Ce qui suit sont des repères, pas des notes.
Vers 9 à 12 mois : le pointage. L'enfant montre du doigt, et surtout il alterne son regard entre l'objet et vous. C'est ce qu'on appelle l'attention conjointe : deux personnes qui regardent la même chose en le sachant. Sans elle, les mots n'ont rien à quoi s'accrocher.
Vers 12 mois : les premiers mots. Ils portent sur ce qui compte : les gens, les objets du quotidien, les formules sociales. Un mot peut d'ailleurs désigner beaucoup de choses à la fois.
Vers 18 mois : l'explosion. Le vocabulaire décolle, souvent brutalement. Beaucoup d'enfants passent de quelques dizaines de mots à plusieurs centaines en quelques mois.
Vers 2 ans : deux mots ensemble. « Papa parti », « encore gâteau ». C'est un saut plus important que le vocabulaire, parce qu'il suppose une grammaire.
Vers 3 ans : trois éléments. Sujet, verbe, complément. L'enfant devient compréhensible par des personnes qui ne vivent pas avec lui, ce qui est le vrai test.
Ce qui fait parler, et ce n'est pas un jouet
Voici la thèse de cet article, et nous la formulons franchement même si nous vendons des jouets.
Le langage ne s'apprend pas avec un jouet. Il s'apprend autour d'un jouet.
Ce qui fait parler un enfant, c'est un adulte qui met des mots sur ce qu'il est en train de faire, pendant qu'il le fait. L'objet ne sert qu'à donner un sujet de conversation.
Ce n'est pas notre opinion isolée : c'est ce que disent nos propres fiches, en très grand nombre. Sur les produits destinés aux moins de deux ans, 173 fiches contiennent une consigne de mise en mots adressée au parent. Les formulations changent, l'instruction est identique.
*Montrez l'image finie, puis nommez l'animal ensemble une fois assemblé.*
*Commentez à voix haute pendant qu'il joue : « il se cache », « il revient », « il pleut ». Ce sont ces mots répétés qui transforment l'effet visuel en vraie compréhension.*
*Accompagnez avec des mots simples : vite, lentement, encore, en haut.*
*Nommez chaque action (« ça sonne », « tu prends une photo ») pour nourrir le vocabulaire.*
Remarquez ce que ces conseils ont en commun : ils ne demandent jamais à l'enfant de répéter. Ils demandent à l'adulte de dire.
Les cinq gestes qui marchent, et ils sont gratuits
Nommer ce qu'il regarde, pas ce que vous voulez lui apprendre. C'est la règle la plus efficace et la moins appliquée. Si l'enfant fixe la roue, on parle de la roue, même si on avait prévu de nommer les couleurs. Le mot entre quand il arrive sur ce qui a déjà l'attention de l'enfant.
Laisser un silence. C'est le conseil d'une de nos fiches, à propos d'un téléphone jouet, et il vaut pour tout : *jouez le jeu de l'appel, « allô, qui est là ? », puis laissez le silence.* Un adulte qui parle en continu ne laisse pas de place. Le tour de parole s'apprend par l'espace qu'on lui laisse.
Répéter en développant. L'enfant dit « chien ». Vous répondez « oui, un gros chien noir ». Vous n'avez pas corrigé, vous avez ajouté. C'est le mécanisme le mieux établi de l'enrichissement lexical, et il ne demande aucun matériel.
Raconter au lieu d'interroger. « Qu'est-ce que c'est ? » met l'enfant en situation d'examen. « Regarde, il est tombé » lui donne des mots. Les questions viennent plus tard, quand il a de quoi répondre.
Lire tous les jours, même trois minutes. Un livre offre du vocabulaire qu'aucune conversation de la vie quotidienne ne contient. Peu importe qu'il tourne les pages trop vite.
Le matériel qui aide vraiment, et pourquoi
Il ne fait pas le travail, mais il donne un support et un rythme. Trois familles se détachent.
Les marionnettes et le faire-parler, dès 12 mois
C'est le format le plus direct : un objet qui a une voix oblige à la conversation.
Sa fiche décrit exactement le partage des rôles à cet âge, et elle est honnête sur le fait que l'adulte travaille beaucoup : le parent nomme, fait parler, l'enfant écoute puis répète, et vous cherchez un jouet que l'enfant utilise seul ? Ici l'adulte anime longtemps.
Son conseil d'usage est le meilleur du rayon pour les tout-petits : *commencez avec deux marionnettes seulement, une voix par animal, cinq minutes maximum. Trop de personnages d'un coup et l'enfant décroche au lieu d'écouter.*
Et son verdict d'âge dit une chose importante : *l'enfant les manipule vraiment vers 18-24 mois. Avant, c'est le parent qui joue et l'enfant regarde, ce qui reste utile pour le langage.* Regarder et écouter, c'est déjà travailler.
Le téléphone d'imitation fonctionne sur le même ressort, avec une structure de dialogue intégrée : on appelle, on répond, on raccroche. Sa limite est annoncée, l'intérêt retombe vers 3 ans.
Les imagiers et les planches à nommer, de 2 à 4 ans
C'est le support classique, et il reste le plus dense en vocabulaire par minute.
Ces coffrets ajoutent un stylo sonore qui valide la réponse, ce qui plaît beaucoup aux enfants. Leurs fiches posent pourtant la même réserve, et elle confirme la thèse de cet article : *vous cherchez une activité entièrement autonome sans lecture adulte ? Ce n'est pas ça*, et *à 2 ans, un adulte reste utile pour lire les consignes et mettre les mots.*
Le conseil d'usage est constant : *ne sortez qu'une ou deux planches au début, votre enfant comprend mieux le principe et répond moins au hasard.*
Les scènes à composer, à partir de 3 ans
Le format qui fait passer du mot à l'histoire : l'enfant installe une scène, puis raconte ce qui s'y passe.
C'est le principe des livres magnétiques sans modèle, et la fiche de l'un d'eux donne la meilleure consigne du rayon : *ne sortez pas les cartes modèles tout de suite. Laissez-le habiller les personnages à sa façon et demandez-lui pourquoi ce manteau : c'est là que le langage vient.*
Une autre formule la question à poser : *posez une question par carte, « à quoi sert cet objet ? ». C'est cette discussion, pas l'assemblage, qui enrichit le vocabulaire.*
Nous avons détaillé toute cette gamme et la différence entre les formats à modèle et sans modèle dans le guide des livres magnétiques.
Quand s'inquiéter, et à qui en parler
C'est la partie la plus importante de cet article, et nous reprenons les repères de l'Assurance Maladie tels qu'ils sont publiés. Il s'agit de motifs de consultation, pas de diagnostics.
À 18 mois : il ne tente pas de dire des mots, il ne babille pas, et il ne pointe pas du doigt.
À 2 ans : il ne comprend pas le langage simple, il n'a pas une cinquantaine de mots, il n'utilise qu'un nombre limité de consonnes.
À 2 ans et demi : il n'associe pas deux mots pour faire une courte phrase.
À 3 ans : il ne fait pas de phrase à trois éléments, il cherche ses mots, et il n'est compris que par ses proches.
Deux précisions utiles.
L'audition d'abord. Un enfant qui entend mal parle mal, et c'est la première chose à vérifier. Les otites séreuses à répétition passent souvent inaperçues.
Consulter tôt ne coûte rien. Il existe en France un dépistage des troubles du langage à l'école entre 3 ans et 3 ans et demi, et un bilan en dernière année de maternelle. Mais rien n'oblige à attendre l'école : un médecin ou un pédiatre peut orienter vers un orthophoniste à n'importe quel âge, et un bilan rassure aussi souvent qu'il alerte.
Ce qui ne veut rien dire, en revanche : la comparaison avec un cousin du même âge, le fait qu'un garçon parle « toujours plus tard », ou qu'un enfant bilingue soit « en retard ». Le bilinguisme ne retarde pas le langage, il répartit le vocabulaire sur deux langues, et c'est le total qui compte.
Par où commencer
Votre enfant a moins de 12 mois : rien à acheter. Nommez ce qu'il regarde, laissez des silences, lisez trois minutes par jour.
Il a 12 à 18 mois : des marionnettes à huit euros, deux à la fois, cinq minutes. C'est le meilleur rapport effet sur prix de tout ce qui existe pour le langage.
Il a 2 à 3 ans : un imagier ou un coffret de planches à nommer, avec vous à côté. Une ou deux planches par séance, pas plus.
Il a 3 ans et raconte : passez aux scènes à composer, et posez une question par image plutôt que de nommer à sa place.
Et à n'importe quel âge, si un des repères ci-dessus vous inquiète : parlez-en à votre médecin. Le jouet n'est pas la réponse à cette question-là.
Pour la suite du parcours, quand les mots deviennent des lettres, apprendre à lire en maternelle explique pourquoi commencer tôt et à quelles conditions. Sur le vocabulaire de position, qui conditionne la compréhension des consignes, dessus, dessous, derrière. Et sur le terrain où le langage se déploie le plus naturellement, les jeux de rôle et jouer à la marchande.
Deux pages du catalogue prolongent ce sujet : premiers mots rassemble les supports de la première tranche, et compréhension simple ce qui travaille la consigne avant la parole.
Les coffrets éducatifs de la marque sont regroupés sur la page Nathan.
Les mots de couleur et de forme suivent leur propre calendrier, souvent plus tardif qu'on ne croit : apprendre les couleurs et les formes.
Les imagiers et premiers livres sont réunis dans livres.
Pour la suite, les repères du langage vers 3 ans, ce qui ne doit pas inquiéter et les jeux qui font parler sont dans le langage à 3 ans.
Pour le rôle des histoires lues et écoutées, voyez écouter des histoires : ce que ça change pour le langage.
Pour un jouet qui donne envie de parler, voyez le cactus qui danse et répète : bonne idée ou cauchemar sonore ?.
Associer des gestes aux mots avant que bébé parle : voyez signer avec bébé : ce que ça apporte vraiment et le guide pas à pas des premiers signes.
Cet article contient des liens vers des marchands partenaires. Si vous achetez via l'un d'eux, nous touchons une commission, sans surcoût pour vous. Cela ne change rien à notre sélection ni à nos avis.
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