Mon enfant s'énerve quand il n'y arrive pas : l'aider à gérer la frustration
Pourquoi l'enfant se met en colère quand il bloque, ce qu'on peut dire sur le moment, ce qui aide après, et pourquoi les casse-têtes sont un bon terrain d'entraînement.
Jean-Pierre
Papa de deux enfants, éditeur du site

La pièce ne rentre pas. Il essaie une fois, deux fois, puis la jette à travers la pièce : « c'est nul, je suis nul, j'arrête ». Quelques minutes plus tôt, il était ravi de commencer. La frustration, c'est l'écart entre ce que votre enfant veut faire et ce qu'il arrive à faire. Elle n'a rien d'anormal : c'est même le signe qu'il se mesure à quelque chose d'un peu trop dur pour lui, exactement là où il apprend. Ce qui compte, c'est ce qu'il fait de cette émotion, et ça s'apprend, à condition de lui donner des occasions de s'y entraîner sans enjeu.
Voici pourquoi l'enfant se met en colère quand il n'y arrive pas, ce qu'il gagne à apprendre à la traverser, ce qu'on peut dire sur le moment, ce qui aide après, et pourquoi les casse-têtes sont un bon terrain d'entraînement.
Ce que votre enfant y gagne
Apprendre que bloquer fait partie du chemin. Un enfant qui a souvent traversé un blocage, et l'a dépassé, finit par savoir que la difficulté est passagère.
Mettre des mots sur ce qu'il ressent. « Je suis énervé parce que ça ne marche pas » est déjà un pas vers le calme.
Gagner en persévérance. Recommencer après un échec, c'est la base de presque tous les apprentissages, de la lecture au vélo.
Avoir confiance en sa capacité à progresser, plutôt que de croire qu'on est doué ou pas.
Pourquoi il s'énerve, et pourquoi c'est normal
Il veut faire seul, mais il ne sait pas encore. C'est particulièrement vrai entre 2 et 6 ans, quand l'envie d'autonomie va plus vite que les capacités.
Se calmer est une compétence en construction. Retenir son geste, patienter, changer de stratégie : ces capacités, que les chercheurs appellent fonctions exécutives, se développent pendant toute l'enfance. Nous les détaillons dans les fonctions exécutives.
La fatigue et la faim abaissent beaucoup le seuil de tolérance : un même défi passe le matin et déclenche des larmes à 18 heures.
Il se compare. « Mon frère, lui, il y arrive. » Les comparaisons transforment un défi en épreuve.
Ce qu'on peut dire sur le moment
Nommer l'émotion, sans la juger. « Tu es énervé parce que la pièce ne rentre pas. » L'enfant se sent compris, et apprend le mot.
Proposer une pause. « On respire, on boit un verre d'eau, et on revient dans cinq minutes. » Un défi qui résiste peut rester sur la table.
Ajouter un petit mot : pas encore. « Tu n'y arrives pas encore. » La phrase rappelle que la réussite viendra.
Revenir à un défi déjà réussi. Retrouver une réussite avant de retenter calme souvent mieux qu'un encouragement.
Ne pas faire à sa place. Terminer le défi pour lui le calme sur le moment, mais lui dit que c'était trop dur pour lui. Posez plutôt une question : « qu'est-ce qui bloque ici ? ». Voyez aider son enfant sans faire à sa place.
Ce qui aide après
Félicitez la démarche, pas le talent. En 1998, les psychologues Claudia Mueller et Carol Dweck ont comparé des enfants de 10 ans félicités pour leur intelligence et d'autres félicités pour leurs efforts. Après un échec, les premiers persévéraient moins, prenaient moins de plaisir et réussissaient moins bien la suite. « Tu as essayé une autre façon, et ça a marché » vaut mieux que « tu es fort ».
Gardez des attentes réalistes. Les programmes qui cherchent à changer l'état d'esprit des élèves ont, en moyenne, des effets modestes sur leurs résultats, selon deux méta-analyses publiées en 2018. Le compliment sur l'effort ne suffit pas à lui seul : c'est la répétition de petites réussites après des blocages qui construit la confiance.
Racontez vos propres blocages. « Moi aussi, j'ai mis longtemps à comprendre ce jeu. » L'enfant découvre que les adultes aussi cherchent.
Choisissez la bonne marche. Trop facile, il s'ennuie ; trop dur, il explose. Le bon niveau, c'est celui où il réussit en deux ou trois essais.
Pourquoi les casse-têtes sont un bon terrain d'entraînement
Il n'y a pas d'adversaire. Personne ne gagne contre lui, personne ne voit qu'il a raté. C'est une frustration sans humiliation.
La difficulté est graduée. Les livrets classent les défis du plus facile au plus difficile : on peut toujours redescendre d'une marche.
La solution existe. L'enfant sait qu'il y a une réponse, et qu'elle est à sa portée.
Les séances sont courtes. Un défi dure quelques minutes : on peut s'arrêter sur une réussite.
Nos jeux pour s'entraîner en douceur
Dès 3 ans : réussir vite, puis un peu moins vite
Les Trois Petits Cochons de SmartGames, autour de 25 €, de 3 à 6 ans, ont de grosses pièces faciles à manipuler et des défis en images : on cache les cochons quand le loup arrive. Les premiers défis passent vite, ce qui installe la confiance. Bahuts malins, autour de 30 €, fait charger des colis dans des camions transparents : l'erreur se voit tout de suite, sans jugement. Le Petit Chaperon Rouge, autour de 25 €, dès 4 ans, fait tracer le chemin jusqu'à Mère-Grand.
Dès 6 ans : le casse-tête le plus doux pour commencer
SmartGames IQ Stars, autour de 13 €, dès 6 ans, est décrit par notre fiche comme un peu plus simple que les autres casse-têtes de la gamme IQ, avec seulement sept pièces. Ses 120 défis vont du très facile à l'expert : de quoi toujours trouver une marche à sa hauteur. Il obtient 4,8 sur 5 sur plus de 4 800 avis. Son conseil : un défi facile pour s'échauffer, puis un du niveau en cours.
IQ Reverso, autour de 6 €, dès 6 ans, permet de tester sans engagement. Puzzle Beach, autour de 12 €, dès 6 ans, réunit grille, pièces et solutions dans un même livret magnétique : convenez ensemble qu'on ne regarde la solution qu'après trois essais.
Gruyère Party, autour de 12 €, dès 6 ans, a des règles entièrement en images : rien à lire, rien à mal comprendre.
Quand en parler à un professionnel
Les crises de frustration sont fréquentes et diminuent avec l'âge. Parlez-en à votre médecin si elles sont très intenses et quotidiennes, si l'enfant se fait mal ou fait mal aux autres, ou si elles l'empêchent de participer à l'école ou aux activités qu'il aime.
Les erreurs les plus fréquentes
- Finir le défi à sa place pour arrêter les pleurs.
- Proposer un jeu trop difficile parce qu'il est annoncé pour son âge : l'âge sur la boîte est un minimum.
- Insister quand il est fatigué.
- Le comparer à un frère, une sœur ou un copain.
- Le féliciter d'être intelligent plutôt que d'avoir cherché.
Pour la suite, voyez mon enfant abandonne vite : aider à persévérer, apprendre à perdre et, pour les plus jeunes, la colère entre 2 et 3 ans.
Sources
- Mueller C. M., Dweck C. S., Praise for intelligence can undermine children's motivation and performance, Journal of Personality and Social Psychology, 1998, vol. 75, n° 1, p. 33-52.
- Sisk V. F., Burgoyne A. P., Sun J., Butler J. L., Macnamara B. N., To what extent and under which circumstances are growth mind-sets important to academic achievement? Two meta-analyses, Psychological Science, 2018, vol. 29, n° 4, p. 549-571.
- Diamond A., Executive functions, Annual Review of Psychology, 2013, vol. 64, p. 135-168.
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