Jeux pour apprendre à argumenter : l'oral de l'enfant, dès 6 ans
Justifier une idée, écouter, changer d'avis : les jeux qui entraînent l'oral, de Dixit Kids aux Loups-Garous, et comment faire de chaque partie un exercice.
Jean-Pierre
Papa de deux enfants, éditeur du site

« C'est lui ! Je le sais ! » Un enfant de 10 ans qui accuse son voisin aux Loups-Garous a souvent raison, mais il ne sait pas dire pourquoi. Et c'est justement ce qu'il va apprendre, partie après partie : qu'une conviction ne convainc personne tant qu'on ne l'a pas justifiée.
Prendre la parole devant un groupe, défendre une idée, écouter celle des autres et changer d'avis : l'école en fait une compétence à part entière, de l'oral en maternelle au grand oral du baccalauréat. Certains jeux de société l'entraînent mieux que tout autre exercice, parce que l'enfant y parle pour gagner, pas pour être noté. Voici lesquels, par âge.
Ce que ces jeux font travailler
Justifier une idée. Dire « parce que » : c'est le premier pas de l'argumentation. Dans les jeux de cette liste, une réponse sans justification ne suffit pas, il faut expliquer pourquoi on choisit cette carte ou pourquoi on accuse ce joueur.
Écouter vraiment les autres. On ne peut pas contredire un argument qu'on n'a pas entendu. Ces jeux obligent à suivre ce que disent les autres pour y répondre.
Accepter de changer d'avis. Quand un meilleur argument arrive, le suivre fait gagner l'équipe. L'enfant découvre que changer d'avis n'est pas perdre la face.
Oser parler devant un groupe. Pour un enfant timide, prendre la parole dans un jeu est beaucoup moins intimidant qu'en classe : l'enjeu est léger, et tout le monde parle.
Dès 6 ans : expliquer ce qu'on voit
Dixit Kids fait choisir, parmi des illustrations oniriques, celles qui correspondent le mieux à une idée commune. Une même image peut s'interpréter de dix façons, et il faut expliquer la sienne. Notre fiche le résume : le mécanisme fait surtout parler les enfants. Son conseil est la base de tout cet article : après chaque choix, demandez simplement ce qui a motivé cette carte.
Conversations en Famille, de Oh Happy Games, propose 220 questions à tirer à tour de rôle, sur les souvenirs, les rêves ou les opinions. Pas de score, seulement des tours de parole. Notre fiche conseille, avec les plus jeunes, de répondre vous-même en premier pour montrer le niveau de détail attendu.
Dès 8 ans : trouver le bon mot
Just One oblige à trouver un indice qui aide le joueur à deviner, sans être identique à celui d'un autre. Après chaque manche, on discute des indices annulés : pourquoi deux joueurs ont-ils eu la même idée ? C'est un excellent exercice de langage et d'écoute.
Concept fait décomposer une idée en concepts plus généraux, sans parler. Ce n'est pas un jeu d'argumentation à proprement parler, mais il entraîne la même compétence de fond : se mettre à la place de celui qui reçoit l'information. Nous l'avons détaillé dans Concept : règles et astuces.
Dès 10 ans : accuser, défendre, convaincre
Les Loups-Garous de Thiercelieux sont le jeu d'argumentation par excellence. Chaque matin, le village débat pour désigner un suspect : il faut accuser avec des arguments, se défendre sans s'énerver, convaincre la majorité. Notre règle à poser dès la première partie : on accuse le rôle, pas la personne. « Je pense que tu es loup parce que tu as défendu Léa » est un argument. « Tu mens tout le temps » n'en est pas un. Nous avons détaillé les rôles et compositions pour les meneurs débutants.
Mysterium Park fait interpréter des images pour résoudre une enquête coopérative. Un même indice évoque des choses différentes, et il faut argumenter son hypothèse devant les autres. Notre fiche le situe autour de 10 ans : il faut interpréter des images ambiguës, argumenter une hypothèse et accepter qu'un même indice puisse évoquer plusieurs choses.
Catan fait négocier : proposer un échange, refuser, faire une contre-offre, convaincre un joueur qu'il y gagne. C'est l'argumentation appliquée à la négociation, et c'est aussi utile qu'un débat.
Dès 11 ou 12 ans : parler de soi et de ses idées
DIMOI Famille propose 240 questions sans gagnant, réparties en quatre thèmes, pour faire raconter souvenirs et points de vue autour d'un repas. Get Closer Family monte en intensité sur trois niveaux, des questions légères aux valeurs. Ces jeux ne font pas débattre, mais ils entraînent une compétence voisine : exprimer ce qu'on pense, et écouter sans juger. Notre fiche de Get Closer donne la règle d'or : donnez toujours le droit de passer une question sans justification.
Comment faire de chaque partie un entraînement
Demandez toujours « pourquoi ? ». Pas pour contester, mais pour faire expliciter. Au début, l'enfant répond « parce que ». Au bout de quelques parties, il donne une vraie raison.
Valorisez le bon argument, pas la bonne réponse. Un enfant qui a accusé le mauvais joueur avec un excellent raisonnement a mieux joué que celui qui a deviné juste au hasard. Dites-le lui.
Montrez l'exemple en changeant d'avis. Quand un enfant vous convainc, dites-le à voix haute : « Tu as raison, je n'avais pas vu ça. » C'est la leçon la plus forte de toutes.
Protégez les timides. Faites parler chacun à son tour, et empêchez les plus bavards de monopoliser le débat. Un enfant qui n'arrive jamais à placer un mot finit par se taire.
Ce qu'il faut savoir
Le débat peut blesser. Aux Loups-Garous, un enfant accusé à tort plusieurs parties de suite peut le vivre mal. Notre fiche déconseille le jeu à celui qui vit mal les accusations. Surveillez l'ambiance, et rappelez que c'est le rôle qu'on accuse.
Les jeux de conversation ne conviennent pas à tous. Un enfant qui n'aime pas parler de lui vivra une question personnelle comme un interrogatoire. Laissez toujours la possibilité de passer.
Deux compétences voisines ont leur propre article : raconter et décrire, et bluffer pour de faux, qui entraîne la compréhension de ce que l'autre croit.
Pour aller plus loin sur deux jeux cités ici, voyez Mysterium : à quel âge et quelle version et Dixit : à quel âge.
Par où commencer
À 6 ans, Dixit Kids, avec la question « qu'est-ce qui t'a fait choisir cette carte ? ».
À 8 ans, Just One, en discutant des indices annulés.
À 10 ans, les Loups-Garous, avec la règle « on accuse le rôle, pas la personne ».
À 12 ans, un jeu de conversation autour d'un repas, avec le droit de passer.
Pour d'autres jeux qui font parler, voyez les jeux d'association d'idées et les jeux pour exprimer ses émotions. Toute la gamme est dans jeux de société.
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