Trier les jouets : quoi revendre, quoi donner, quoi jeter
Ce qui part sur Vinted, ce qui part au vide-grenier, ce que les associations refusent. Le tri en quatre tas, et l'âge où l'enfant peut le faire avec vous.
Jean-Pierre
Papa de deux enfants, éditeur du site

Le sac est ouvert au milieu du salon depuis quarante minutes et il contient trois choses. À côté, la pile de ce qu'on n'a pas su y mettre monte doucement, et elle contient tout le reste.
C'est à peu près toujours le même blocage, et il ne vient pas du rangement. Il vient de ce qu'on ne sait pas où va l'objet une fois sorti du placard. Tant que la destination n'est pas décidée, chaque jouet redevient une question individuelle, et quarante questions individuelles un dimanche après-midi, c'est ingérable.
Voici la méthode qui nous a débloqués, ce que nos propres fiches disent de ce qui garde de la valeur, et l'âge où l'enfant peut trier avec vous plutôt que contre vous.
Ranger et trier sont deux gestes différents
Une précision d'abord, parce qu'elle évite un contresens. Nous avons écrit ailleurs qu'il faut faire tourner les jouets sans demander son avis à l'enfant, et c'est toujours vrai : la rotation est réversible, ce qui disparaît revient trois semaines plus tard, et un enfant à qui l'on propose de ranger la moitié de ses jouets dit non par principe. Tout est dans la rotation des jouets.
Le tri définitif obéit à la règle inverse. Ce qui sort ne revient pas, l'enfant finit toujours par s'en apercevoir, et une disparition non négociée coûte cher en confiance. Passé un certain âge, il se fait donc avec lui. Nous y venons plus bas.
Quatre tas, pas trois
Le tri à trois tas (garder, donner, jeter) bloque parce qu'il mélange deux questions : est-ce que ça vaut quelque chose, et est-ce que j'ai l'énergie de m'en occuper. Séparez-les, et ça se débloque.
Tas 1, la revente. Objet identifiable, complet, d'une marque encore vendue neuve, et d'une valeur unitaire qui justifie de photographier et d'emballer.
Tas 2, le vide-grenier. Bon état, mais valeur trop faible pour un envoi. C'est le tas du volume.
Tas 3, le don. Bon état, et vous ne voulez pas y passer du temps. C'est un arbitrage parfaitement légitime, et c'est souvent le plus gros tas.
Tas 4, la fin de vie. Incomplet, cassé, taché, ou simplement fini. Déchèterie ou poubelle, sans culpabilité, parce qu'une partie du rayon jouet est conçue pour finir là.
La règle qui accélère tout : on ne repose jamais un objet dans le carton de départ. Il va dans un des quatre tas, même si le choix n'est pas parfait.
Ce qui garde de la valeur, et pourquoi
En relisant nos fiches, la ligne de partage est assez nette, et elle recoupe exactement ce que nous avions trouvé en cherchant ce qui casse en premier.
Le bois massif et les pièces sans mécanisme. Quatre-vingt-quatorze de nos fiches mettent explicitement en avant un matériau qui dure : bois massif, bois solide qui encaisse les chocs, accessoires en métal, pas plastique. Ce sont les objets qui passent d'un enfant à l'autre sans rien perdre.
Les planchettes en sont le cas extrême. Rien à casser, pas de peinture fine, pas de charnière, pas d'électronique, et une pièce manquante ne gêne personne. Une caisse de planchettes se transmet telle quelle, et son baril de rangement fait le reste. Le détail qui compte pour la revente : les coffrets de marque partent mieux que les génériques, et nos fiches le disent à leur façon, l'un se vendant sur son prix bien plus bas que Kapla.
Les objets à contenant rigide. Une boîte métal, une valisette, un baril : le jeu arrive complet chez le suivant, ce qui est la seule chose que regarde un acheteur d'occasion.
Les formats à collection. Briques de construction, tuiles magnétiques, figurines audio : tant que la gamme est vendue neuve, les pièces seules trouvent preneur, parce qu'elles complètent une collection existante.
Et les objets chers du premier âge, cuisines, maisons de poupée, structures de motricité. Ils se revendent bien parce qu'ils coûtent cher neufs et qu'ils servent deux ans. Leur seul problème est le transport, ce qui les envoie vers la vente locale plutôt que vers l'envoi postal.
Ce qui ne vaut rien, et il faut l'assumer
Le carton. C'est la première cause de casse de notre catalogue, et de très loin : boîtes qui s'ouvrent aux coins, barils de rangement fendus, cartes qui gondolent. Un jeu dont la boîte a lâché ne se revend pas, parce que personne ne peut vérifier qu'il est complet. Il part au tas 3 ou 4, selon l'état du contenu.
Les consommables. Soixante de nos fiches préviennent que l'objet se termine : consommable, une fois utilisé, terminé, consommable, une fois fini, terminé, les 90 images partent en deux ou trois séances, 8 tableaux, ça s'épuise vite. Décalcomanies, coffrets créatifs prédécoupés, origamis, gommettes. Ce n'est pas un défaut, c'est leur nature, mais ils ont une valeur résiduelle nulle et il ne faut pas les garder « au cas où ».
Les jouets à mécanisme et à pile qui ne fonctionnent plus. Un stylo parlant hors service rend tout son coffret inutilisable, et personne n'achète ça d'occasion.
Et tout ce qui est incomplet sans être identifiable. Les trois pions d'un jeu dont vous ne connaissez plus le nom, la moitié d'un puzzle. Tas 4.
Ce qu'on ne transmet pas, même en parfait état
Trois catégories sortent du circuit, et il vaut mieux le savoir avant de remplir un carton pour une association qui le refusera.
Ce qui va à la bouche. Anneaux de dentition, hochets mâchouillés, jouets de bain, tétines. La plupart des structures les refusent pour des raisons d'hygiène, et elles ont raison. Les jouets de bain posent un problème supplémentaire, le creux qui a gardé de l'eau : nous avons détaillé ce point dans laver les jouets.
Les produits rappelés. Un jouet qui a fait l'objet d'un rappel ne se revend pas et ne se donne pas, même en bon état. Le site officiel RappelConso permet de vérifier en trente secondes, et cela vaut surtout pour les gros achats revendus cher.
Les objets de sécurité qui ont servi. Casques, protections, sièges : leur matériau travaille avec le temps et après un choc, et l'acheteur n'a aucun moyen de le savoir.
Une nuance honnête sur les peluches : elles se donnent mal, non parce qu'elles sont sales mais parce que les structures en croulent sous les dons. Lavez-les et proposez-les, mais ne comptez pas dessus pour vider une caisse.
Où ça part, concrètement
Vinted, pour le tas 1. L'annonce prend cinq à dix minutes entre les photos, la description et la pesée, et l'envoi prend encore un déplacement. Ce temps se rentabilise à partir d'une quinzaine d'euros, pas en dessous. Ce que les acheteurs demandent systématiquement, c'est la complétude : annoncez le nombre de pièces et dites-le franchement quand il en manque. Une notice photographiée vaut trois lignes de description.
Le vide-grenier, pour le tas 2. C'est l'outil du volume : paiement immédiat, aucun envoi, et des acheteurs qui prennent trois jeux pour cinq euros. Prévoyez des prix ronds décidés à l'avance, sinon la matinée se passe à négocier. Et acceptez de ne pas tout vendre, ce qui reste part directement au tas 3, sans repasser par le placard.
Les associations, pour le tas 3. Emmaüs, le Secours populaire, la Croix-Rouge, et les recycleries locales. Deux conseils qui changent l'accueil qu'on vous réserve : appelez avant, parce que les besoins varient énormément selon les périodes, et donnez propre et complet, dans des sacs par catégorie plutôt qu'un carton mélangé. En novembre et décembre, les collectes de jouets se multiplient et c'est le moment où les structures absorbent le plus.
L'école, la crèche ou la nounou, pour une partie du tas 3. Ce qui sert en collectivité, ce sont les jeux de société complets, les puzzles, les livres, les Duplo. Là encore, demandez avant : beaucoup d'établissements ont des contraintes de place et refusent le tissu. La kermesse et la fête de l'école, elles, prennent volontiers les petits lots pour la tombola et la pêche à la ligne.
Faire trier l'enfant : à partir de quel âge
C'est la partie qui décide si le tri tient six mois ou six jours.
Avant 4 ans, ne lui demandez pas. Un enfant de 3 ans à qui vous montrez un jouet dit non, y compris pour un objet qu'il n'a pas touché depuis six mois. Ce n'est pas de la possessivité : c'est que le simple fait de désigner l'objet le rend à nouveau désirable. À cet âge, triez hors de sa présence, et gardez le sac fermé une ou deux semaines avant de le sortir de la maison. C'est le même mécanisme que celui décrit dans mon enfant ne veut pas partager.
Vers 5 ans, donnez un destinataire. « On les donne » ne veut rien dire. « On les donne à la petite cousine qui vient à Noël » fonctionne, parce qu'il y a un visage au bout. À cet âge, deux ou trois objets choisis par lui valent mieux qu'un carton choisi par vous.
Vers 6 ou 7 ans, donnez-lui un critère, pas une liste. « Trouve-moi cinq choses qui sont pour les bébés » marche remarquablement bien, parce que l'enfant a désormais envie de prouver qu'il a grandi. Le critère fait le travail à votre place.
À partir de 8 ans, la revente devient l'argument. Il choisit, il aide à photographier, et il garde une part de ce que ça rapporte. C'est le premier tri qu'un enfant fait volontiers, et c'est accessoirement une leçon d'argent de poche assez concrète, sujet que nous traitons dans l'argent de poche.
Et dans tous les cas, deux règles. Trier dix minutes maximum, parce qu'au-delà l'enfant garde tout par fatigue. Et ne jamais commenter ses choix, même quand il garde un bout de plastique et donne un jouet à quarante euros.
Les trois pièges
« Je le garde pour le deuxième. » C'est souvent juste, et c'est parfois une façon de ne pas décider. Le test est simple : si le deuxième enfant n'existe pas encore, gardez ce qui ne se démode pas et qui résiste au stockage, le bois, les briques, les livres. Le reste vieillira mal dans une cave.
Le cadeau des grands-parents. C'est le vrai blocage émotionnel du tri, et il ne se résout pas par la logique. Une chose aide : garder une photo de l'enfant avec l'objet, puis laisser partir l'objet. Nous avons abordé la question en amont, au moment de l'achat, dans le cadeau des grands-parents.
Le carton d'archive qui ne part jamais. Un sac trié qui reste trois mois dans l'entrée finit par se rouvrir. Fixez la date de dépôt le jour même du tri, et mettez-la dans l'agenda.
Par où commencer
Ce week-end, ne triez pas toute la chambre. Prenez une seule caisse, et faites-la entièrement, en quatre tas.
Commencez par le tas 4, celui de la fin de vie. Il se remplit vite, il ne demande aucune décision difficile, et il libère assez de place pour que le reste devienne visible.
Photographiez le tas 1 le soir même, pendant que les objets sont encore rassemblés. Reporter cette étape est la façon la plus courante de ne jamais rien revendre.
Appelez avant de déposer, et déposez dans les quinze jours.
Et refaites-le deux fois par an, en septembre et fin novembre. La deuxième date n'est pas un hasard : c'est la seule façon d'aborder décembre sans ajouter une couche sur un placard déjà plein, question que nous avons chiffrée dans combien de cadeaux à Noël.
Pour prolonger, les jouets de Noël qui finissent au placard explique pourquoi certains n'ont jamais servi, et où installer le coin de jeu comment éviter qu'il se remplisse à nouveau. Les formats qui se transmettent le mieux sont rassemblés dans jouets en bois, et les supports de rangement sur la page rangement.
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