Angela Duckworth et le grit : aider son enfant à persévérer
La règle de la chose difficile, l'effort qui compte deux fois, et ce que la recherche a nuancé depuis : ce qu'on peut retenir du grit pour votre enfant.
Jean-Pierre
Papa de deux enfants, éditeur du site

Chez Angela Duckworth, une règle s'applique à toute la famille, parents compris : chacun a une « chose difficile ». Du piano, de la danse, de la course, peu importe, pourvu que ce soit une activité qui demande de s'entraîner tous les jours. On a le droit d'en changer, mais pas en plein milieu : on termine la saison, le trimestre, ce qui a été commencé. Et personne ne choisit la chose difficile de l'autre.
Cette règle résume le travail d'une psychologue qui a passé sa carrière à chercher pourquoi certaines personnes vont au bout de ce qu'elles entreprennent, et d'autres non. Sa réponse tient en un mot anglais, grit, qu'on traduit en français par « niaque », et elle en a fait un livre devenu célèbre. Voici ce qu'elle dit, ce qui s'applique aux enfants, et ce que la recherche en a pensé depuis, car les critiques sont sérieuses.
Qui est Angela Duckworth
Angela Duckworth est professeure de psychologie à l'université de Pennsylvanie. Avant la recherche, elle a enseigné les mathématiques dans des collèges publics, et c'est là qu'elle a remarqué que ses meilleurs élèves n'étaient pas toujours les plus doués. Elle a ensuite étudié des profils très différents : les cadets de l'académie militaire de West Point pendant leur éprouvant été d'intégration, les finalistes d'un grand concours national d'orthographe, des vendeurs, des élèves de quartiers défavorisés.
Son livre, Grit, publié en 2016, est paru en français chez JC Lattès en 2017 sous le titre L'art de la niaque : comment la passion et la persévérance forgent les destins.
Le grit, c'est quoi
Angela Duckworth définit le grit comme la combinaison de la passion et de la persévérance pour des objectifs à long terme. Pas l'effort d'un soir, mais la capacité à rester sur un même objectif pendant des mois ou des années, malgré les échecs et l'ennui.
Son idée la plus forte tient dans une formule : l'effort compte deux fois. Le talent multiplié par l'effort donne une compétence. La compétence multipliée par l'effort donne une réussite. Le talent n'intervient qu'une fois, l'effort deux. Un enfant moins doué qui s'entraîne plus longtemps peut dépasser un enfant plus doué qui s'arrête tôt.
Ce que ça change pour un enfant
C'est là que son travail devient concret pour les parents, et que ses idées apportent le plus.
L'enfant cesse de se croire « pas doué ». Un enfant qui pense que la réussite dépend du talent abandonne au premier échec, puisqu'il en conclut qu'il n'a pas le don. Un enfant qui sait que l'effort compte deux fois voit l'échec comme une étape.
Il apprend à rester face à l'ennui. Toute compétence passe par des moments répétitifs et peu gratifiants : les gammes au piano, les exercices de passe au foot. Le grit, c'est aussi traverser ces moments-là.
Il découvre que la passion se construit. C'est le point le plus rassurant du livre pour les parents d'enfants qui « ne s'intéressent à rien ».
La passion ne tombe pas du ciel
Angela Duckworth décrit quatre étapes, et la première surprend : la passion commence par le jeu. On ne découvre pas sa passion en y réfléchissant, mais en essayant des choses, sans pression, et en remarquant ce qui revient.
L'intérêt d'abord. Il naît du plaisir, de la découverte, souvent par hasard. À cet âge, on essaie beaucoup de choses, et c'est normal d'en abandonner.
La pratique ensuite. Une fois l'intérêt installé, on s'entraîne de façon délibérée : on vise une difficulté un peu au-dessus de son niveau, on se corrige, on recommence.
Le sens. Avec le temps, l'activité prend de l'importance au-delà de soi : on joue pour l'équipe, on progresse pour transmettre.
L'espoir. La conviction que ses efforts peuvent améliorer les choses. C'est lui qui fait se relever après un échec.
Pour un enfant de 6 ou 8 ans, cela veut dire une chose simple : laisser explorer avant d'exiger de persévérer. On ne demande pas à un enfant de sept ans d'avoir trouvé sa passion. On lui demande de finir ce qu'il a commencé.
La règle de la chose difficile, en famille
C'est l'application la plus utile du livre. Angela Duckworth l'applique chez elle, en quatre points.
Tout le monde a une chose difficile, parents compris. L'enfant voit l'adulte s'entraîner, rater, recommencer. C'est bien plus parlant qu'un discours sur l'effort.
On ne s'arrête pas au milieu. On termine la saison, le trimestre, ce pour quoi on s'est engagé. Le jour où l'entraînement est pénible ne décide pas de tout.
C'est l'enfant qui choisit sa chose difficile. Personne ne choisit à sa place. Une activité imposée ne construit pas de passion, seulement de l'obéissance.
Au lycée, on s'engage plus longtemps. Chez elle, les adolescents choisissent une activité et s'y tiennent au moins deux ans.
Pour un jeune enfant, la « chose difficile » peut être modeste et commencer à la maison : un casse-tête à défis gradués qu'on avance d'un niveau par semaine, les échecs appris avec un parent, un instrument simple. Ce qui compte n'est pas l'activité, c'est la progression visible et l'engagement tenu.
Les échecs s'y prêtent particulièrement bien : on progresse partie après partie, on perd beaucoup au début, et on voit ses progrès. Nous avons détaillé l'âge et la manière de commencer dans les échecs, à quel âge.
Ce que la recherche en a pensé depuis
C'est la partie que les résumés du livre oublient souvent, et elle compte.
Le grit ressemble beaucoup à une qualité déjà connue. En 2017, une grande méta-analyse menée par Marcus Credé et ses collègues, qui a rassemblé les données de près de 67 000 personnes, a montré que le grit est très fortement lié au caractère consciencieux, une dimension de la personnalité étudiée depuis des décennies : le sérieux, l'organisation, la fiabilité. Autrement dit, le concept est moins nouveau qu'il n'y paraît.
Son effet sur la réussite est modeste. La même étude trouve que le grit prédit la réussite scolaire et professionnelle, mais nettement moins fortement que ce que le livre laissait entendre. Et c'est surtout la persévérance qui compte, beaucoup plus que la constance des intérêts.
Le risque de la morale de l'effort. Présenter l'échec comme un manque de volonté peut devenir injuste pour un enfant qui rencontre une vraie difficulté : un trouble de l'apprentissage, une fatigue, un contexte familial compliqué. La persévérance aide, elle ne remplace ni l'aide ni l'adaptation.
Angela Duckworth elle-même s'est d'ailleurs opposée à ce que les écoles notent le grit de leurs élèves, en rappelant que ses questionnaires n'étaient pas faits pour cela.
Ce que nous en retenons
Malgré les critiques, trois idées nous semblent solides et utiles pour une famille.
L'effort compte, et on peut le dire à l'enfant. Commenter ce qu'il a essayé plutôt que son talent l'aide réellement à persévérer, et c'est une idée qui repose aussi sur d'autres travaux, notamment ceux de Carol Dweck sur les félicitations.
La passion se découvre en jouant. Laissez-le essayer, abandonner, réessayer autre chose. L'exigence de persévérance vient après l'intérêt, pas avant.
Finir ce qu'on a commencé, dans un cadre qu'il a choisi. C'est le cœur de la règle de la chose difficile, et elle marche d'autant mieux que l'adulte s'y soumet aussi.
Pour les gestes concrets du quotidien, quand un enfant lâche dès qu'une pièce résiste, nous avons rassemblé huit réglages tirés de nos fiches dans quand un enfant abandonne vite.
Le livre
L'art de la niaque se lit comme un essai de psychologie, nourri d'études et de parcours de sportifs, d'artistes et d'élèves. Ce n'est pas un guide de parentalité, même si un chapitre entier est consacré à l'éducation.
Nos réserves sont franches : les lecteurs critiquent souvent la traduction française, et une structure parfois jugée brouillonne, avec une accumulation d'exemples. Notre fiche donne le bon mode d'emploi : après chaque chapitre, gardez une seule idée à tester ou observer. Si vous lisez l'anglais, la version originale, Grit, se lit plus facilement.
Pour le situer parmi les autres lectures pour les parents, voyez quel livre de parentalité lire, ou le rayon complet des livres pour les parents.
Sources
- L'art de la niaque, JC Lattès, édition française.
- Marcus Credé, Michael Tynan et Peter Harms, Much ado about grit: a meta-analytic synthesis of the grit literature, Journal of Personality and Social Psychology, 2017.
- La règle de la chose difficile, GreatSchools (en anglais).
Cet article contient des liens vers des marchands partenaires. Si vous achetez via l'un d'eux, nous touchons une commission, sans surcoût pour vous. Cela ne change rien à notre sélection ni à nos avis.
Tags
Trouvez le jouet parfait
Découvrez notre sélection de jouets éducatifs adaptés à chaque âge et objectif pédagogique.
Articles similaires
Retour au blog
Conseils de parents · 6 min de lecture
Mon enfant adore les pompiers : comment nourrir cette passion

Conseils de parents · 5 min de lecture
Calendrier magnétique enfant : 5 minutes le matin pour comprendre hier et demain

Conseils de parents · 6 min de lecture